Mis en examen en 2015 pour viols sur six fillettes placées, un homme vit toujours libre dans l’Hérault. Son procès n’a pas encore de date. Les familles s’effondrent.

Accusé de viols sur six fillettes placées, il attend son procès depuis plus de dix ans en totale liberté
Mis en examen dès 2015 pour des crimes sexuels commis sur des enfants qu’il hébergeait en tant que famille d’accueil agréée par l’ASE dans le Gard, un homme de 68 ans n’a toujours pas été jugé. Libre sous contrôle judiciaire, il vit dans l’Hérault pendant que six familles de victimes présumées attendent, épuisées, que la justice passe.
Une famille d’accueil sous agrément officiel, des enfants vulnérables
Depuis 2006, Manuel B. et son épouse étaient habilités par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) pour accueillir à leur domicile, dans les communes de Codognan et Générac (Gard), des enfants placés en raison de difficultés familiales. Derrière cette façade de respectabilité institutionnelle se cachait, selon les accusations, un prédateur qui profitait de l’absence de son épouse pour abuser des fillettes confiées à sa garde.
Tout commence officiellement le 6 novembre 2014 : la mère d’une enfant de 9 ans dépose plainte à la police. Sa fille lui a confié avoir subi des viols et des agressions sexuelles répétées depuis l’âge de 6 ans. Les examens médico-légaux confirment les déclarations de l’enfant. L’expertise psychiatrique relève des symptômes caractéristiques d’un traumatisme sexuel. Placé en garde à vue neuf mois plus tard, l’homme nie catégoriquement les faits.
Mis en examen en 2015, libre depuis lors
Le 2 septembre 2015, Manuel B. est formellement mis en examen pour « viols sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité », un crime passible de vingt ans de réclusion criminelle. Le juge des libertés et de la détention refuse néanmoins l’incarcération demandée par le parquet de Montpellier. L’homme est placé sous simple contrôle judiciaire — une décision qui n’a jamais été remise en cause depuis.
La procédure est traitée dans l’Hérault car le mis en examen réside alors dans ce département, bien que l’essentiel des faits se soit déroulé dans le Gard.
Un nombre de victimes qui s’élargit au fil de l’enquête
Loin de clore le dossier, l’enquête révèle progressivement d’autres victimes présumées. Dès octobre 2015, une fillette de 8 ans décrit à son tour des actes de nature sexuelle commis par l’accusé. Ses déclarations, là encore, sont étayées par un examen médical.
En juin 2016, une jeune femme de 20 ans dénonce des agressions subies à son arrivée dans la famille d’accueil, treize ans auparavant. Deux semaines plus tard, une femme de 31 ans révèle un viol remontant à 1991. Elle indique en avoir informé sa mère à l’époque, laquelle avait alerté la mère de l’accusé. La réponse de cette dernière, consternante, se bornait à promettre que « son fils avait rencontré Dieu » et allait « suivre une thérapie ».
En août 2016, deux autres enfants décrivent des actes sexuels forcés, subis dans l’enfance. Au total, en mai 2017, six jeunes victimes présumées ont déposé plainte.
Six ans d’instruction pour un dossier sans complexité
Malgré l’absence de commissions rogatoires internationales ou de contre-expertises complexes, l’instruction judiciaire s’étire sur six longues années supplémentaires. Manuel B. n’est mis en examen pour les faits concernant les cinq autres fillettes que le 3 octobre 2019, soit plus de trois ans après les dernières dénonciations. Il ne sera confronté aux victimes présumées qu’en juin 2021.
Le juge d’instruction clôt son instruction le 4 octobre 2021. Le parquet dispose alors de trois mois pour rendre son réquisitoire définitif — il ne le rendra qu’exactement un an plus tard, le 4 octobre 2022. Le 3 janvier 2023, le renvoi en cour criminelle départementale de l’Hérault est ordonné. Depuis, le dossier attend une date d’audience.
« Ce dossier est passé d’un juge à un autre. Tous les protagonistes étaient sur place, il n’y avait aucune complexité technique particulière. Je ne comprends pas cette lenteur », confie une source judiciaire ayant suivi la procédure de près.
104 dossiers criminels en attente dans l’Hérault
Le procureur général de Montpellier reconnaît lui-même l’engorgement critique des juridictions locales : 104 affaires criminelles attendent d’être audiencées dans le département, dont une trentaine impliquant des mis en examen sous contrôle judiciaire pour violences sexuelles sur mineurs — parmi lesquels une douzaine attend depuis plus de deux ans.
« On juge d’abord les accusés détenus, et on est au maximum de ce qu’on peut faire », reconnaît le magistrat, soulignant une augmentation constante du flux de dossiers transmis par les juges d’instruction.
Des familles au bord de l’abandon
Pour les proches des victimes présumées, l’incompréhension a laissé place à l’épuisement. « J’en arrive à un point où j’ai presque envie d’abandonner », témoigne le père de l’une d’elles. « Je ne comprends pas cette justice qui a l’air endormie. Comment un homme comme lui a-t-il pu passer entre les mailles du filet pendant trente-cinq ans ? »
Me Hugo Ferri, avocat pénaliste à Nîmes représentant plusieurs familles en partie civile, partage ce désarroi : « Aujourd’hui, je suis obligé de dire à mes clients que moi non plus, je ne comprends pas pourquoi ce procès n’avance pas. »
Manuel B. continue de nier l’ensemble des faits, affirmant que les fillettes étaient « aguicheuses » et qu’elles auraient été manipulées. Il a 68 ans. Son procès, s’il a lieu, interviendra plus de dix ans après la première plainte.
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