Condamnée à 8 ans pour avoir blessé une douanière à Roissy, la mule péruvienne échappe à la tentative de meurtre. La victime conteste le verdict.

Roissy : la mule qui avait blessé une douanière par balle condamnée à 8 ans, la tentative de meurtre écartée
Une passeuse de cocaïne Interpellée à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle en juillet 2023 a été condamnée mercredi soir à 8 ans de prison par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis. Elle avait blessé une douanière d’un coup de feu avec l’arme de service de cette dernière. Mais les jurés ont refusé de retenir la tentative d’homicide volontaire, une décision que la victime et son avocat rejettent avec force.
Un verdict deux fois en deçà des réquisitions
La cour d’assises de Bobigny a rendu son verdict mercredi soir : Nayelli Carmen D., ressortissante péruvienne âgée de 28 ans, est condamnée à huit ans d’emprisonnement assortis d’une interdiction du territoire français pendant dix ans. Une peine deux fois inférieure aux seize années réclamées par l’avocate générale.
Plus significatif encore que la durée de la peine, les jurés ont procédé à une requalification des faits. La tentative d’homicide volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique a été ramenée à des violences avec arme ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours. En d’autres termes, la chambre a écarté tout élément intentionnel dans le tir qui avait blessé la fonctionnaire.
Les faits : juillet 2023, zone de rétention de Roissy CDG
Les événements remontent au mois de juillet 2023. Dans la zone de rétention douanière de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, des agents de la brigade de ciblage contrôlent les bagages d’une jeune femme arrivant d’Amérique du Sud. Dans le double fond de sa valise, ils découvrent 3,5 kilogrammes de cocaïne d’une pureté exceptionnelle. La suspecte est interpellée et placée en rétention.
C’est alors que la situation bascule. Prétextant un besoin d’aller aux toilettes, Nayelli Carmen D. parvient, en une fraction de seconde, à s’emparer de l’arme de service de Laura, la douanière qui l’accompagne. Un coup de feu part. La fonctionnaire est atteinte à la hanche. Il faudra l’intervention conjuguée de trois agents des douanes pour maîtriser la suspecte et lui faire lâcher l’arme.
« À dix centimètres près, elle serait morte »
Le légiste mandaté par la justice a été formel : aucun organe vital n’a été touché, ce qu’il qualifie lui-même de miraculeux. Mais pour Me Laurent-Franck-Liénard, l’avocat de la victime, la frontière avec le drame irréparable était infime. « À dix centimètres près, ma cliente serait morte », martèle-t-il, exprimant sa vive déception à l’issue du délibéré : « C’est une décision qui ne reflète pas la dangerosité de ce qu’elle a vécu. »
Laura, la quarantaine, ne s’est jamais pleinement remise de cette nuit-là. Incapable de supporter la vue d’une arme, elle a été affectée à un service d’enquête en province et ne peut envisager de retourner sur le terrain. Elle a dû faire le deuil de la brigade avec laquelle elle travaillait, une équipe soudée qu’elle décrit avec pudeur et nostalgie. « C’est encore compliqué aujourd’hui. Je serai incapable de retourner sur le terrain », confie-t-elle sobrement.
Le tir accidentel ou la tentative de suicide : le cœur du débat
Tout le procès a tourné autour d’une question centrale : Nayelli Carmen D. a-t-elle voulu tuer la douanière, ou cherchait-elle à mettre fin à ses propres jours ? Dans une lettre adressée au juge d’instruction pendant l’instruction, l’accusée avait écrit : « Par désespoir, j’ai essayé de me tuer, mais un coup est parti. »
L’expert en balistique, lui, n’a pas retenu cette thèse. Selon lui, si la suspecte avait réellement voulu se suicider, elle aurait eu le temps matériel de retourner l’arme contre elle-même. Laura, de son côté, est catégorique : « Elle tentait de me viser moi, pas elle. L’arme était tendue dans ma direction, à hauteur de ma poitrine. »
Un autre élément a alimenté la controverse : la barrière de la langue. La suspecte s’exprimait en espagnol au moment des faits. La douanière, qui possédait quelques notions de cette langue, affirme avoir entendu le mot matar, signifiant « tuer ». Nayelli Carmen D., elle, soutient avoir prononcé mátame, soit « tuez-moi ». Une ambiguïté que les jurés n’ont manifestement pas résolue en défaveur de l’accusée.
Un parcours de vie marqué par la violence et la précarité
Les débats ont également mis en lumière le passé douloureux de la condamnée. Victime de violences sexuelles dès l’enfance, elle a sombré dans la toxicomanie à l’adolescence. Elle a grandi dans des conditions précaires, parfois en pleine forêt amazonienne, entre une mère absente et un beau-père abuseur. Sa grand-mère maternelle, puis sa tante, l’ont recueillie et élevée comme leur propre enfant.
Ces éléments biographiques ont visiblement pesé dans la balance lors du délibéré, les jurés s’étant montrés sensibles à la trajectoire de cette femme en perdition, qui a répété tout au long du procès ne pas avoir voulu ôter la vie à la fonctionnaire.
La condamnée devra quitter le territoire français à l’issue de sa peine et ne pourra plus y revenir pendant dix ans. Pour Laura et son avocat, ce verdict reste une amère désillusion.
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Tentative de meurtre sur un membre des FDO = peine de mort.