126 clientes ont porté plainte contre Epil House : brûlures, escroquerie, centres disparus. Le collectif AVI saisit le parquet de Paris. Témoignages et enquête.

Épilation laser Epil House : 126 plaignantes, des brûlures et une chaîne qui a disparu
Promues par des dizaines d’influenceuses sur Instagram, les boutiques bon marché Epil House sont aujourd’hui au cœur d’une plainte collective déposée auprès du parquet de Paris. Au total, 268 clientes mettent en cause la chaîne pour escroquerie et pratiques trompeuses, tandis que 32 d’entre elles affirment avoir subi des brûlures. Enquête sur un système qui s’est effondré aussi vite qu’il s’était construit.
Une plainte collective déposée à Paris
Le 28 mai 2026, le collectif d’aide aux victimes d’influenceurs (AVI) a officiellement saisi le procureur de la République de Paris, relate Le Parisien. Les chefs retenus sont lourds : escroquerie, pratique commerciale trompeuse et blessures involontaires. Sur les 268 clientes qui dénoncent le comportement d’Epil House, 126 ont formellement porté plainte, et 32 déclarent avoir été victimes de brûlures, parfois graves.
Le porte-parole du collectif, Jean-Baptiste Boisseau, ne mâche pas ses mots : selon lui, les centres ont fonctionné hors de tout cadre légal, avec du personnel non formé, travaillant sans contrat, dans le seul but d’encaisser un maximum de recettes avant de fermer à la moindre réclamation. La plupart des dix-huit établissements que comptait la chaîne en France semblent désormais définitivement clos.
Des influenceuses en première ligne
La montée en puissance d’Epil House repose en grande partie sur une stratégie d’influence massive déployée sur Instagram. Des personnalités issues de la téléréalité, cumulant plusieurs millions d’abonnés, ont vanté les mérites de séances « indolores » et de tarifs défiant toute concurrence — parfois six séances pour cinquante euros. Certaines ont même affirmé que l’exposition solaire récente ne constituait pas un obstacle aux soins, contredisant directement les mises en garde de la chaîne elle-même sur ses propres réseaux.
Ces contenus sponsorisés ont drainé une clientèle nombreuse, souvent convaincue par la caution apportée par des visages connus. Pour beaucoup, la notoriété des influenceuses valait garantie de sérieux.
Des clientes marquées dans leur chair
Derrière les slogans rassurants, les témoignages racontent une autre réalité. Hanane, 41 ans, a subi des brûlures sous les aisselles après plusieurs séances ; il lui a fallu une année entière pour s’en remettre. Myriam, 35 ans, a vu ses aisselles noircir et n’a plus pu porter de déodorant ni de débardeur pendant l’été. Safya, mineure au moment des faits en 2023, conserve à ce jour des taches de dépigmentation sur les jambes, du genou jusqu’au mollet, et n’ose plus porter de short.
L’avocate du collectif, maître Rebecca Lahoud, précise que certaines clientes ont été atteintes dans leur intimité à la suite de brûlures vaginales ou vulvaires. Des séquelles qualifiées d’invalidantes dans plusieurs cas.
Une formation en quelques jours, des lunettes en nombre insuffisant
Les conditions de travail en interne éclairent en partie ces dérives. Sarah, recrutée en dix minutes alors qu’elle n’avait aucune expérience en épilation — elle était vendeuse en parfumerie —, décrit une formation théorique expédiée en une journée, suivie d’une semaine de pratique sur les collègues. Elle évoque un manque de matériel flagrant : seulement deux paires de lunettes de protection pour cinq employées, alors même que ces équipements sont présentés comme indispensables à la sécurité oculaire. Lors de sa propre formation, la formatrice lui a causé une brûlure au visage lors d’une démonstration.
Un vide réglementaire en cours de comblage
La chaîne Epil House a également bénéficié d’un contexte législatif favorable à sa croissance rapide. Depuis juillet 2024, les esthéticiennes sont légalement autorisées à pratiquer l’épilation au laser, à condition que leurs compétences soient validées par un jury incluant un médecin. Or, selon le président du Syndicat national des médecins esthétiques, la rémunération insuffisante des médecins jurés freine considérablement ces validations, et de nombreuses praticiennes exercent sans certification.
La Direction générale de la santé indique que la sécurité des actes de médecine esthétique constitue un enjeu prioritaire et que des travaux réglementaires sont en cours. De son côté, la répression des fraudes signale que plus de 180 professionnels du secteur ont fait l’objet de contrôles depuis 2025.
Contactée à plusieurs reprises, la chaîne Epil House n’a donné aucune suite.
Votre avis nous intéresse — laissez un commentaire.
En savoir plus sur Police & Réalités
Subscribe to get the latest posts sent to your email.





