Vingt-deux personnes, dont des ophtalmologues et des opticiens, jugées à Paris en 2027 pour une fraude aux mutuelles santé estimée à 250 millions d’euros.

Escroquerie à l’optique : vingt-deux personnes renvoyées en procès à Paris pour une fraude massive aux mutuelles
Un vaste réseau d’escroquerie impliquant des professionnels de santé et de l’optique parisienne sera jugé au printemps 2027. Vingt-deux personnes physiques et quinze structures, dont cinq centres d’ophtalmologie, comparaîtront devant la justice pour un système frauduleux évalué à plusieurs millions d’euros par an.
Un procès fixé pour juin 2027
La procureure de Paris, Laure Beccuau, et la gendarmerie ont annoncé vendredi le renvoi en procès de vingt-deux personnes, parmi lesquelles deux ophtalmologues, dix opticiens et trois présidents d’associations de santé, rapporte Le Figaro. L’examen de l’affaire au fond se tiendra entre le 3 et le 15 juin 2027 devant le tribunal correctionnel de Paris.
Quinze personnes morales sont également concernées par cette procédure, dont cinq centres d’ophtalmologie. Onze prévenus ont d’ores et déjà été placés sous contrôle judiciaire, avec notamment l’interdiction de gérer une société ou de présider une association.
Un mécanisme de fraude bien huilé
L’enquête préliminaire, ouverte en 2025 après un signalement de mutuelles de santé, a été confiée à l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI). Les investigations ont mis en lumière un système d’escroquerie et de blanchiment organisé entre assurés, opticiens et prescripteurs, reposant sur la recherche d’une prise en charge maximale par les mutuelles.
Le stratagème permettait aux clients d’obtenir un remboursement indu sous forme d’avoir, utilisable ensuite pour acquérir des produits d’optique de leur choix : montures de luxe, lunettes solaires ou verres correcteurs haut de gamme.
Certains opticiens orientaient leurs clients vers des ophtalmologues complices, qui délivraient des ordonnances fictives, parfois sans même examiner les patients. Le client recevait alors les lunettes réellement nécessaires, tandis que les produits coûteux facturés en trop étaient dissimulés dans les stocks des opticiens. Selon la gendarmerie, certains professionnels ont admis que plus de la moitié de leur chiffre d’affaires reposait sur cette pratique frauduleuse.
Un préjudice financier considérable
De nombreuses perquisitions ont été menées entre janvier et juillet 2026 dans des magasins d’optique, des centres de santé et des cabinets d’ophtalmologie, dans le cadre de ce que la procureure a qualifié d’« opération judiciaire d’envergure ».
Le préjudice est colossal : la gendarmerie évoque un détournement d’environ 12 millions d’euros par an depuis 2023 pour ce seul dossier. Mais l’enquête laisse craindre une fraude beaucoup plus étendue, avec un volume estimé à 250 millions d’euros depuis 2023 sur l’ensemble de la région parisienne.
Des sanctions lourdes en perspective
Les personnes poursuivies encourent jusqu’à dix ans d’emprisonnement, ainsi que la confiscation des avoirs saisis, incluant du matériel d’optique estimé à 1,3 million d’euros.
Le parquet a par ailleurs transmis l’ensemble des éléments de l’enquête aux administrations compétentes. Cette démarche pourrait déboucher sur des redressements fiscaux, un déconventionnement des médecins concernés par l’assurance maladie, ainsi que des sanctions disciplinaires prononcées par l’Ordre des médecins.
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