Un réseau nantais soupçonné d’avoir détourné plus de 6 millions d’euros via des formations fictives au CPF. Le principal suspect mis en examen à Rennes.

Arnaque au CPF : un réseau nantais soupçonné d’avoir détourné plus de 6 millions d’euros
Un homme de 37 ans, présenté comme le cerveau d’un vaste système de fraude au compte personnel de formation, a été mis en examen à Rennes puis remis en liberté sous contrôle judiciaire. Le préjudice est estimé à plus de 6 millions d’euros.
Une escroquerie découverte par hasard
L’affaire aurait pu rester enfouie sans une enquête portant, à l’origine, sur un trafic de cigarettes contrefaites, rapporte Le Parisien. Au fil des investigations, l’un des suspects interrogés évoque une somme de 20 000 euros perçue pour financer l’achat d’un terrain. Cet argent provient, dit-il, d’un centre de formation. Le détail attire immédiatement l’attention des enquêteurs, qui décident de creuser.
Les investigations révèlent alors un système bien plus vaste : une fraude organisée au compte personnel de formation, orchestrée entre décembre 2021 et septembre 2026, entre Nantes, Lunel-Viel, mais aussi la Pologne et la Slovaquie.
Le mécanisme de la fraude
La méthode employée par le réseau repose sur un principe simple mais redoutablement efficace. Plusieurs sociétés écrans, dont la principale est domiciliée à Nantes, proposaient des formations professionnelles entièrement fictives. Des faux stagiaires, complices du système, s’inscrivaient à ces prétendues sessions.
La Caisse des dépôts et consignations, gestionnaire du CPF, versait alors l’intégralité du montant de la formation à la société organisatrice. Cette dernière reversait ensuite environ 40% de cette somme aux stagiaires fantômes, directement sur leurs comptes personnels.
Pour dissimuler l’origine des fonds, l’argent transitait par une cascade de comptes bancaires en ligne (Qonto, Revolut, Wise), ouverts au nom de multiples sous-traitants et de « gérants de paille » recrutés spécifiquement pour l’occasion. Certains d’entre eux, rémunérés environ 1 000 euros par mois pour prêter leur identité, ont reconnu en garde à vue n’avoir exercé aucune responsabilité réelle.
Des fonds blanchis jusqu’à Dubaï
Les investigations financières mettent en lumière l’ampleur du dispositif de blanchiment. Une partie des sommes détournées a servi à financer un train de vie luxueux, l’achat de motos ou de véhicules à l’étranger. D’autres montants ont été directement transférés vers des comptes situés à Dubaï.
L’enquête établit également des connexions avec le grand banditisme local. Une portion des fonds a atterri sur les comptes de jeunes femmes issues de quartiers sensibles, au Blosne à Rennes et à Bellevue à Nantes. Leurs cartes bancaires auraient ensuite servi à régler les dépenses courantes de trafiquants de stupéfiants actifs dans le Grand Ouest.
Un profil déjà connu de la justice
Le suspect principal et ses complices ont été interpellés à leur domicile le 15 septembre. La majorité d’entre eux n’a reconnu qu’un rôle secondaire dans l’organisation frauduleuse. Le casier judiciaire de l’homme présenté comme le cerveau de l’opération comporte quatre condamnations antérieures pour vol et infractions routières, commises en France, au Luxembourg et en Belgique.
Une capacité de manipulation soulignée par le parquet
Lors de ses réquisitions en vue d’un placement en détention, le procureur a insisté sur le degré de sophistication de l’escroquerie, qui a nécessité le recrutement de plusieurs hommes et femmes en tant que gérants de paille et ouvreurs de comptes de transit — révélateur, selon lui, d’une réelle capacité de manipulation.
« À ce jour, il n’apparaît pas en mesure de restituer les fonds publics dérobés, ce qui traduit une absence d’amendement et de volonté de changement, laissant craindre une poursuite de l’activité frauduleuse », a-t-il précisé, avant d’ajouter : « Le risque de réitération est d’autant plus prégnant qu’il ne justifie d’aucune activité licite proportionnée à celle qui lui permettait de gagner énormément d’argent et de mener un grand train de vie. »
Contacté, l’avocat du principal suspect n’a pas souhaité s’exprimer sur cette affaire en cours.
Votre avis nous intéresse : rejoignez la communauté Police & Réalités et laissez un commentaire.
En savoir plus sur Police & Réalités
Subscribe to get the latest posts sent to your email.







