La gendarmerie nationale met en place un logiciel inédit de traçabilité des fichiers pour prévenir la corruption, les dérives internes et les fuites vers le crime organisé.

Un outil révolutionnaire pour surveiller l’usage des fichiers sensibles et prévenir la corruption au sein de la gendarmerie
Un risque croissant lié à la criminalité organisée
Face à l’essor de la criminalité organisée et à ses moyens financiers considérables, la gendarmerie nationale renforce ses dispositifs de protection interne. L’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) déploie un nouveau logiciel de contrôle destiné à détecter toute consultation abusive des fichiers opérationnels. L’objectif : prévenir les dérives, les fuites d’informations et les risques de collusion ou de corruption, relate Le Dauphiné.
Des accès aux fichiers sous surveillance
Aujourd’hui, gendarmes et policiers peuvent consulter plusieurs bases de données sensibles via leurs terminaux professionnels, y compris hors service. Si certaines utilisations sont légitimes – par exemple vérifier un véhicule volé ou identifier une personne recherchée – d’autres dérives ont été constatées : consultation à titre privé, par curiosité ou pour fournir des renseignements en échange d’argent à des réseaux criminels.
Selon l’IGGN, le nombre d’affaires judiciaires impliquant des gendarmes pour corruption ou atteinte à la probité est passé d’un cas en 2021 à 21 dossiers en 2024. Une hausse jugée préoccupante.
Citar : un système de traçabilité intégrale
Depuis mai, le logiciel Citar (Contrôle interne des traces des applications et du réseau) est expérimenté et doit être généralisé d’ici la fin de l’année. Il enregistre toutes les consultations réalisées sur quatre fichiers majeurs :
le traitement des antécédents judiciaires (TA GN), le fichier des personnes recherchées (FPR GN), le fichier des objets et véhicules signalés (FOVES GN), le dispositif de Sauvegarde de la vie humaine (SVH GN).
À terme, Citar analysera aussi les accès au fichier pénitentiaire Genesis et au système automatisé de lecture de plaques d’immatriculation (LAPI).
Selon le général Hubert Charvet, en charge des enquêtes internes à l’IGGN, cet outil permettra un « contrôle des usages abusifs » au sein des brigades, en repérant les requêtes suspectes, répétitives ou ciblées sur certaines identités.
Un dispositif préventif plus que répressif
Le général Jean-Michel Gentil, directeur de l’IGGN, insiste : « Notre objectif est de protéger les gendarmes face aux pressions de la criminalité organisée, pas de les sanctionner systématiquement. » Il rappelle que les organisations criminelles peuvent utiliser l’intimidation, la menace voire la violence physique pour obtenir des informations sur des enquêtes en cours.
L’IGGN met en garde contre une progression insidieuse des risques, comparée à « la théorie de la grenouille » : un danger qui s’installe progressivement jusqu’à devenir incontrôlable.
Un groupe anticorruption dédié
Pour renforcer ce contrôle, un groupe anticorruption a été créé le 1er août au sein de l’IGGN. Il aura pour mission de détecter toute tentative d’infiltration ou de manipulation par des organisations criminelles, mais aussi d’assurer une protection renforcée des agents vulnérables à la pression.
(Merci Yann Bourguignon)
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C’est une protection pour quelques Gendarmes un peu plus vulnĂ©rables