À Pau, un gynécologue a été condamné à 800 euros d’amende pour « outrage sexiste » après avoir refusé d’examiner une femme transgenre inquiète d’un possible cancer du sein. Le Conseil national de l’Ordre des médecins lui a également infligé une interdiction d’exercer de six mois, dont une partie avec sursis, relançant le débat sur l’accès aux soins des personnes trans.

Pau : un gynécologue condamné pour outrage sexiste après le refus d’examiner une femme transgenre
Un gynécologue de Pau a été condamné pour « outrage sexiste » après avoir refusé d’examiner une femme transgenre venue consulter pour des douleurs mammaires. En plus d’une amende de 800 euros, le praticien fait l’objet d’une interdiction temporaire d’exercer prononcée par l’Ordre des médecins.
Une consultation avortée à l’été 2023
Les faits remontent au 26 août 2023. Ce jour-là , Emme, femme transgenre sous traitement hormonal depuis 2020, prend rendez-vous via la plateforme Doctolib afin de réaliser un contrôle mammaire, inquiète de douleurs et de la présence d’une grosseur à la poitrine.
Selon le récit présenté à l’audience, la secrétaire du cabinet prévient dès la salle d’attente que le médecin ne procédera pas à l’examen. Informé de la transidentité de la patiente, de son absence d’opération et du motif de la consultation, le praticien explique avoir demandé son âge, estimant que les cancers du sein sont « très rares chez l’homme avant 30 ans » et qu’il n’y avait selon lui « pas lieu de s’inquiéter ».
À la barre, le gynécologue affirme savoir reconnaître un cancer du sein sur une glande mammaire dite « normale » chez un homme, tout en soulignant la difficulté d’un examen chez une personne sous traitement hormonal depuis plusieurs années. Il évoque une situation médicalement complexe, qu’il dit ne pas se sentir en mesure de prendre en charge.
Une polémique en ligne qui amplifie l’affaire
L’incident ne reste pas confiné au cabinet médical. Le compagnon d’Emme publie un avis très critique sur Google, accusant le praticien d’avoir refusé de la recevoir et décrivant une attitude « froide » de la secrétaire. Le commentaire appelle les internautes à éviter ce professionnel.
Le gynécologue réagit alors publiquement, en postant une réponse particulièrement virulente. Il y revendique s’occuper « des vraies femmes » et déclare ne pas avoir « de compétence pour [s’]occuper des HOMMES, même s’ils se sont rasé la barbe et viennent dire à [sa] secrétaire qu’ils sont devenus femmes ». Devant le tribunal, il reconnaît avoir écrit un « message très blessant » sous le coup de la colère, et affirme ne pas avoir voulu « être méchant », tout en admettant avoir fait de la peine à de nombreuses personnes.
La justice s’empare du dossier
À la suite de la plainte déposée par Emme, l’affaire arrive devant le tribunal correctionnel de Pau. La procureure s’arrête longuement sur le message publié en ligne, qu’elle considère comme révélateur de l’état d’esprit du praticien à l’égard des personnes transgenres.
Selon elle, si la situation ne relevait que d’un malentendu, le médecin aurait pu corriger le tir au lieu d’envenimer les choses par une réponse publique blessante. Ces propos, souligne-t-elle, donnent un éclairage particulier sur sa manière de recevoir une personne en transition de genre en consultation.
Le parquet requiert alors une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis et 3 500 euros d’amende pour outrage sexiste, infraction créée pour réprimer certains propos ou comportements dégradants à caractère sexiste.
L’accès aux soins des personnes trans au cœur des débats
Six associations de défense des personnes LGBT se constituent parties civiles. Leur avocat alerte sur les difficultés persistantes d’accès aux soins pour les personnes trans, qu’il qualifie de « l’un des sujets les plus difficiles après le rejet familial ».
Selon lui, nombre de patients trans sont refusés en consultation, certains soignants se déclarant d’emblée incompétents, y compris pour des actes sans lien direct avec la transidentité. Il insiste sur la crainte, chez ces patients, de consulter un gynécologue ou d’autres spécialistes de peur d’être confrontés à des situations vécues comme discriminatoires ou violentes.
Une défense axée sur la formation des médecins
La défense du gynécologue plaide l’impuissance et le manque de formation de certains praticiens face aux situations impliquant des personnes transgenres. L’avocate explique que, sans les plateformes de prise de rendez-vous en ligne, les systèmes de messagerie et les avis publics sur Internet, l’affaire n’aurait probablement pas pris une telle ampleur ni abouti devant un tribunal.
Elle met en avant la complexité de la médecine et le retard pris, selon elle, dans la formation des professionnels de santé à l’accueil et à la prise en charge des patients trans. Les difficultés techniques et le sentiment d’incompétence de certains soignants sont invoqués pour expliquer, sinon justifier, la réaction de son client.
Une double sanction : judiciaire et ordinale
Au terme des débats, le tribunal de Pau condamne le gynécologue à une amende de 800 euros pour « outrage sexiste ». Il est en revanche relaxé des accusations plus lourdes de discrimination, ce qui lui évite une peine plus sévère.
Sur le plan disciplinaire, le Conseil national de l’Ordre des médecins prononce une interdiction d’exercer de six mois, dont cinq mois assortis d’un sursis. Le praticien se voit donc temporairement privé d’activité pendant un mois effectif, cette sanction venant s’ajouter à la condamnation pénale.
L’affaire, très commentée sur les réseaux sociaux, relance le débat sur la formation des médecins, l’accueil des personnes trans dans le système de santé et la frontière entre sentiment d’incompétence médicale et comportement jugé discriminatoire ou sexiste.
En savoir plus sur Police & Réalités
Subscribe to get the latest posts sent to your email.








Le débat des transgenres ?
C’est la victoire de l’Etat voyou escroc!