Un serveur turc de 31 ans a violemment agressé son collègue au couteau en hurlant « allah akbar » dans un restaurant du 10e arrondissement de Paris. La victime, gravement blessée à l’épaule, a échappé de peu à l’égorgement. L’agresseur écope de 18 mois avec sursis et d’une interdiction de secteur.

Couteau ensanglanté dans un restaurant parisien : un serveur grièvement blessé par son collègue
Un différend professionnel qui bascule dans l’ultraviolence au cœur de la capitale
Une banale dispute de travail s’est transformée en cauchemar pour Bawer, 21 ans, serveur dans un établissement du 10e arrondissement de Paris. Le 13 novembre dernier, selon les informations de BFMTV, son collègue de 31 ans s’est jeté sur lui, couteau à la main, dans une scène d’une violence inouïe. Mardi 16 décembre, le tribunal correctionnel a rendu son verdict : 18 mois de prison avec sursis pour l’agresseur.
La victime porte encore les stigmates physiques et psychologiques de cette attaque brutale. Plusieurs points de suture à l’épaule et au bras gauche, dix jours d’incapacité totale de travail, mais surtout un traumatisme profond qui l’accompagne quotidiennement.
Une agression filmée par les caméras de surveillance
Les images de vidéosurveillance révèlent la chronologie glaçante de l’attaque. Tout commence par une altercation concernant des plats qui refroidissaient. La tension grimpe rapidement entre les deux serveurs d’origine kurde. Ozan E., le trentenaire, réfugié politique turc, s’empare alors d’un couteau à pain.
Les enregistrements montrent l’assaillant se précipitant sur son jeune collègue, abattant son arme de haut en bas à plusieurs reprises. Bawer n’a dû son salut qu’à un réflexe salvateur : protéger sa gorge avec son épaule. “Il a tenté de m’égorger. Si je ne m’étais pas protégé, il m’aurait touché la gorge. J’ai vu la mort en face”, confie-t-il à la barre, encore visiblement marqué.
Après cette première vague de violence, Ozan E. quitte brièvement les lieux avant de revenir, toujours furieux, tentant cette fois de frapper sa victime à mains nues. Il se rendra finalement aux forces de l’ordre peu avant minuit, près de la gare du Nord. Les policiers le décrivent alors comme “maître de soi et les yeux brillants”.
Un acte qualifié d’inquiétant mais non terroriste
L’affaire a suscité des interrogations quant à sa nature. Le Parquet national antiterroriste ne s’est finalement pas saisi du dossier. Ozan E. comparaissait pour “violences avec armes”. Présentant un taux d’alcoolémie de 0,34 mg/L d’air expiré lors de son interpellation, il a reconnu les faits.
Selon le parquet de Paris, le suspect a précisé que ses propos visaient à “se moquer de la religion de sa victime”. L’attaque s’est déroulée le jour du 10e anniversaire des attentats du 13 novembre 2015, ajoutant une dimension particulièrement sensible à l’affaire.
Le président du tribunal n’a pas manqué de souligner la gravité du geste et des paroles prononcées : “Pourquoi ces cris regrettablement inquiétants ? Pourquoi se réclamer d’Allah en brutalisant quelqu’un, sinon pour terroriser ?” Ozan E. a expliqué avoir perdu le contrôle de lui-même, affirmant que sa victime lui aurait reproché trois mois auparavant de ne pas être assez rigoriste avec la religion. Il se présente comme athée et rejette tout lien avec l’islamisme.
Un quartier déjà meurtri par la violence
L’établissement où s’est produite l’agression se situe à proximité immédiate du centre culturel kurde Ahmet-Kaya, rue d’Enghien. Ce lieu porte encore les cicatrices d’une tragédie survenue le 23 décembre 2022, lorsqu’un tireur armé d’un Colt 45 avait tué trois personnes. Cette proximité géographique confère une résonnance particulière à cette nouvelle affaire de violence.
L’avocat de la victime, Maître David Andic, souligne que son client “demeure aujourd’hui encore profondément traumatisé et vit dans la crainte permanente de recroiser son agresseur”. Cette peur est d’autant plus légitime que les deux hommes évoluaient dans le même environnement professionnel.
Une justice contestée par la défense
Maître Sophiane Ben Ali, représentant la partie civile, exprime son incompréhension face au traitement judiciaire de l’affaire. “J’ai vu des gamins être placés en garde à vue à la sous-direction antiterroriste pour moins que ça”, déplore-t-il. Selon lui, la question de la tentative d’homicide aurait dû être posée, compte tenu de la violence des coups portés et du ciblage délibéré de zones vitales.
La procureure de la République a requis 18 mois de prison avec sursis probatoire, estimant qu’il n’y avait “aucune velléité de terroriser le restaurant”. Elle a souligné que le comportement de l’accusé ce jour-là ne correspondait pas à son attitude habituelle, laissant planer le mystère sur les véritables motivations de ce passage à l’acte.
Un verdict clément assorti de mesures « strictes »
Après délibération, le tribunal a reconnu Ozan E. coupable sans retenir la volonté de tuer. Les magistrats ont estimé qu’il avait “porté trois coups verticaux au niveau de l’épaule”. Qualifiant l’acte d’“inquiétant” et “particulièrement grave”, la juridiction a néanmoins écarté la prison ferme, celle-ci risquant de rendre le prévenu “plus dangereux”.
La condamnation prononcée comprend 18 mois de prison avec sursis, une obligation de soins et une interdiction de paraître dans le 10e arrondissement de Paris. Avant de clore l’audience, le président du tribunal a lancé un ultime avertissement : “Le tribunal est très inquiet de votre situation psychiatrique…”
Cette décision soulève des questions sur l’équilibre entre prévention de la récidive et protection des victimes, dans un contexte où la violence au travail demeure une préoccupation croissante.
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