Trois clandestins ont été condamnés à des peines de prison ferme et à dix ans d’interdiction du territoire après des violences commises au CRA du Mesnil-Amelot. La victime, un Algérien de 30 ans, affirme avoir été battu et violé. Récit d’une audience marquante au tribunal de Meaux.

Au CRA du Mesnil-Amelot, une accusation de viol et une condamnation qui brisent le silence
Trois hommes en situation irrégulière ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Meaux à des peines allant jusqu’à dix mois de prison ferme, assorties d’une interdiction du territoire français de dix ans. En cause : des violences commises à l’intérieur du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne. La victime, elle, affirme avoir subi bien plus qu’une simple agression physique.
Une nuit de violence dans le huis clos d’une chambre de rétention
C’est le vendredi 3 avril, dans l’enceinte fermée du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, qu’auraient eu lieu les faits, relate Le Parisien. Ce soir-là , des fonctionnaires de police découvrent un ressortissant algérien de 30 ans visiblement traumatisé, couvert d’hématomes sur le visage et sur le corps. L’homme leur explique avoir été roué de coups, contraint de se mettre à quatre pattes, avant d’être victime d’une tentative de sodomie de la part de l’un de ses agresseurs.
Trois autres retenus, âgés de 23 à 28 ans et d’origines algérienne et marocaine, sont rapidement identifiés comme mis en cause. Ils seront placés en garde à vue, puis poursuivis au tribunal.
Deux récits inconciliables à la barre
Le mercredi 8 avril, l’audience s’est tenue dans une atmosphère tendue au tribunal correctionnel de Meaux. Escorté par deux policiers, la victime a pris place à la barre pour livrer son témoignage face aux trois prévenus. Avec précision, il a décrit et reconstitué le déroulement des faits, évoquant une vengeance consécutive à un échange d’insultes.
De leur côté, via une interprète en langue arabe, les trois hommes ont livré une version radicalement différente. Selon eux, la victime aurait été en possession de lames et représentait une menace pour leur sécurité. Ils affirment avoir alerté à plusieurs reprises le personnel de surveillance sans obtenir la moindre réaction, avant de décider d’agir eux-mêmes. Ils reconnaissent tout au plus une bousculade et une gifle.
« Ce sont deux versions diamétralement opposées, qui ne peuvent pas coexister », a résumé leur avocate, Mᵉ Valérie Vieira, soulignant l’impossibilité de trancher avec certitude sur ce qui s’est réellement passé derrière la porte fermée de cette chambre.
L’agression sexuelle, absente des poursuites
Si la victime maintient avoir subi une agression à caractère sexuel, cet aspect des faits n’a pas fait l’objet de poursuites de la part du parquet de Meaux. Les trois prévenus ont donc uniquement répondu de violences en réunion devant la juridiction correctionnelle. La partie civile, dont l’incapacité totale de travail a été fixée à trois jours, a bénéficié de la plaidoirie engagée de son avocate, Mᵉ Delphine Borowik.
« Mon client a été menacé, frappé, séquestré. Ce qui le terrorise, c’est le viol qu’il a subi. Il était tellement apeuré qu’il a escaladé le grillage. Il faut une interdiction de contact », a-t-elle plaidé, dénonçant également l’attitude de deux des prévenus qui souriaient dans le box durant l’audience.
L’omerta des lieux de rétention pointée du doigt
Le procureur Éric de Valroger a requis des peines pouvant atteindre dix mois d’emprisonnement ferme, accompagnées d’interdictions du territoire national. Mais au-delà du verdict, c’est la réalité quotidienne au sein des centres de rétention que le magistrat a tenu à mettre en lumière.
Connaissant personnellement les lieux pour y être entré, il a rappelé que les cris y sont omniprésents, ce qui explique en partie pourquoi les policiers de permanence n’avaient pas réagi lors de l’agression, alors même que la victime affirme avoir appelé à l’aide pendant vingt minutes. Le procureur a également insisté sur la rareté de tels témoignages : « Ce n’est pas fréquent d’avoir une victime qui ose dénoncer. Il faut y prêter un regard attentif. »
Il a par ailleurs émis l’hypothèse d’un règlement de comptes visant à humilier, soulignant que le mobile restait entouré de doutes.
Des peines fermes et une expulsion à la clé
Au terme des débats, le tribunal a rendu un jugement « sévère ». Les trois condamnés ont écopé de peines de huit et dix mois d’emprisonnement ferme, assorties d’un mandat de dépôt immédiat. Ils se voient également frappés d’une interdiction du territoire français d’une durée de dix ans.
Ce verdict illustre, une fois de plus, les tensions et la violence latente qui traversent les centres de rétention administrative français, des lieux où la loi du silence règne et où les victimes peinent à se faire entendre.
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