Un chirurgien du Mans est renvoyé en cour criminelle pour viols sur quatre patientes anesthésiées. Des infirmières ont donné l’alerte. Retour sur une affaire glaçante.

Un chirurgien du Mans renvoyé en cour criminelle pour viols sur patientes anesthésiées
Des infirmières ont donné l’alerte. Des témoignages accablants ont suivi. Un chirurgien spécialiste du rachis, en poste depuis trois décennies, doit désormais répondre de quatre viols commis au bloc opératoire sur des patientes sous anesthésie.
Des gestes surpris à travers une porte vitrée
Tout commence au printemps 2022, dans une clinique privée du Mans, dans la Sarthe, relate Le Parisien. Une infirmière observe à plusieurs reprises, à travers la lucarne d’une porte de bloc opératoire, des gestes qui la laissent sans voix. Le praticien, Stéphane R., 61 ans, chirurgien spécialiste de la colonne vertébrale, se retrouve seul avec une patiente endormie lors d’un contrôle radiologique. Selon les constatations portées ultérieurement au dossier, le médecin aurait ôté ses gants et procédé à une pénétration digitale sur la femme anesthésiée.
Troublée, l’infirmière se confie d’abord à une collègue, qui lui révèle avoir elle-même été témoin de scènes similaires. La troisième fois, pour ne laisser aucune place au doute, elle appelle une autre soignante à rejoindre son poste d’observation. « Tu vois comme moi ? » lui demande-t-elle. La réponse, murmurée, est sans ambiguïté. Les deux femmes décident alors de signaler les faits.
Une omerta de plusieurs années dans le milieu médical
Le 1er juin 2022, la direction de l’établissement transmet un signalement au parquet. L’enquête ouverte dans la foulée va révéler une réalité bien plus large et bien plus ancienne que les seuls faits de 2022.
Sur la quinzaine de personnes entendues par les enquêteurs, une grande majorité affirme avoir vu, cru voir ou entendu parler des agissements du praticien. L’un d’eux se souvient avoir surpris le médecin commettre une pénétration digitale sur une patiente endormie, sans en avoir « réalisé la gravité » sur le moment. Une ancienne collègue ayant travaillé cinq ans avec lui, entre 2014 et 2019, dit l’avoir observé adopter le même comportement, avant que sa mémoire ne « switche » sous le choc. Un autre témoignage, daté du 30 août 2021, permet d’identifier une quatrième victime présumée grâce à sa précision : l’infirmière décrit avoir vu la main droite du chirurgien se retirer de l’orifice intime d’une patiente.
Cette accumulation de témoignages dessine le portrait d’une omerta durable au sein d’un établissement de santé, où l’aura d’un chirurgien expérimenté a longtemps suffi à étouffer les alertes.
Des photographies saisies sur le téléphone du suspect
L’examen du téléphone portable de Stéphane R., saisi lors de sa garde à vue, apporte un second faisceau de preuves particulièrement lourd. L’appareil contenait de très nombreuses photographies à caractère sexuel de sexes féminins, semblant avoir été prises dans le cadre d’interventions chirurgicales, sans le consentement des patientes. Sur l’un des clichés, le chirurgien apparaît en train d’écarter les parties intimes d’une femme pour en photographier l’intérieur.
Face à cet élément, le médecin ne nie pas avoir pris ces images mais invoque un « projet artistique ». Admirateur de la peinture hyperréaliste, il dit avoir été inspiré par L’Origine du monde de Courbet et avoir voulu en réaliser une version personnelle. Il ajoute, de manière troublante, que si certaines patientes lui avaient été sollicitées, elles auraient consenti.
Le renvoi en cour criminelle et les réactions des avocats
Le 4 juin dernier, un juge du Mans a ordonné le renvoi de Stéphane R. devant une cour criminelle pour quatre chefs de « viols commis sur personne vulnérable », ainsi que pour atteinte à la vie privée par fixation et conservation d’images à caractère sexuel sans consentement. La date du procès n’est pas encore fixée.
L’avocat de la défense, Me Nicolas Caldero, a rappelé que son client était présumé innocent et contestait l’intégralité des faits de nature sexuelle qui lui sont reprochés. Il a souligné que les témoignages au dossier émanaient non pas des victimes elles-mêmes, mais de tierces personnes — les infirmières — susceptibles de s’être mépris. Il a annoncé interjeter appel de l’ordonnance de renvoi.
Du côté des parties civiles, Me Jonathan Proust a exprimé le soulagement de ses clientes : « Après des années d’attente, la justice considère qu’un procès doit avoir lieu. Leur seule attente demeure la manifestation de la vérité et la reconnaissance de leur souffrance. »
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