À Nice, un réseau frauduleux a détourné 5 millions d’euros d’aides aux demandeurs d’asile via 3 900 cartes ADA. Deux hommes condamnés.

Fraude massive aux allocations d’asile à Nice : 5 millions d’euros détournés, deux condamnations
Révélée le 7 mai 2026 par le parquet de Nice, une vaste escroquerie organisée autour du détournement des allocations versées aux demandeurs d’asile a permis de siphonner près de cinq millions d’euros en trois ans. Deux hommes ont été jugés et condamnés, l’un à trois ans de prison dont un an ferme.
Un stratagème rodé autour des cartes d’allocation
Les demandeurs d’asile en France reçoivent, le temps de l’instruction de leur dossier, une aide mensuelle versée sur une carte bancaire dédiée — la carte ADA (Allocation pour demandeurs d’asile), gérée par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Cette allocation, comprise entre 200 et 430 euros par mois selon la composition familiale, est strictement réservée à l’achat de biens essentiels et au paiement du logement. Ses titulaires n’ont en effet pas le droit de travailler durant les six premiers mois suivant leur dépôt de demande.
C’est précisément cette contrainte que des individus ont exploitée à leur profit, relate France Info. Le principe était simple : récupérer les cartes ADA auprès de leurs titulaires, puis en convertir le solde en espèces sonnantes et trébuchantes grâce à une technique bien connue dans le milieu de la fraude — le cashback frauduleux.
Interpellé avec une dizaine de cartes au nom de tiers
Tout commence en janvier 2025, lors d’un contrôle de routine. Un homme est interpellé en possession d’une dizaine de cartes bancaires OFII qui ne lui appartiennent pas, d’une demande d’asile établie au nom d’un tiers, ainsi que de justificatifs de multiples transferts de fonds. Placé en garde à vue, il reconnaît les faits et explique son rôle : il se rendait dans des commerces partenaires pour y effectuer des opérations de cashback, permettant de retirer en liquide les soldes des cartes, en totale violation de la finalité de ces allocations. Les fonds ainsi récupérés étaient ensuite expédiés à l’étranger. Reconnu coupable de complicité d’escroquerie, il est condamné à trois ans de prison avec sursis.
Trois commerces niçois au cœur du dispositif
L’enquête remonte alors rapidement vers la source du mécanisme. Pour transformer les allocations numériques en liquidités, l’homme se rendait systématiquement dans trois établissements commerciaux de Nice, tous détenus par une même personne. Ces commerces fonctionnaient comme de véritables points de change clandestins, particulièrement actifs en début de mois, au moment du versement des aides par l’État.
L’analyse forensique des comptes bancaires de ces sociétés est sans appel : entre janvier 2022 et août 2025, près de 3 900 cartes ADA ont été utilisées pour des retraits frauduleux, représentant un total de cinq millions d’euros. À chaque opération, le gérant prélevait une commission de 10% sur les sommes retirées.
Des transferts de fonds vers plusieurs pays étrangers
L’argent ne restait pas en France. Selon le procureur de la République de Nice, des virements internationaux étaient régulièrement effectués depuis ces mêmes établissements, vers l’Italie, l’Albanie, l’Allemagne, la Géorgie et l’Ukraine — autant d’indices d’une organisation structurée dépassant le simple cadre local.
Interpellation, saisies et condamnation
Interpellé le 5 mai 2026, le gérant des trois commerces ne nie pas les faits. Les enquêteurs saisissent à cette occasion 16 800 euros à son domicile, 55 600 euros dans l’un de ses établissements situé rue Paganini, et près de 9 000 euros sur des comptes bancaires. Deux véhicules sont également confisqués, portant la valeur totale des saisies à plus de 100 000 euros.
Jugé en comparution immédiate, l’homme est reconnu coupable d’escroquerie en bande organisée, de blanchiment d’escroquerie en bande organisée, de blanchiment et d’exercice illégal de l’activité de prestataire de services de paiement. Il est condamné à trois ans d’emprisonnement, dont un an ferme aménagé sous bracelet électronique, ainsi qu’à 200 000 euros d’amende. L’intégralité des biens saisis est confisquée. Il devra rembourser les sommes dues au Trésor public et se voit frappé d’une interdiction définitive de gérer toute société.
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