Plusieurs femmes accusent un professeur de piano d’agressions sexuelles, de Normandie au Valenciennois. Plaintes, classements sans suite et témoignages accablants.

Plusieurs femmes accusent un même professeur de piano d’agressions sexuelles, de Normandie au Valenciennois
Adèle, Alice, Louise, Léa… Ces femmes aux prénoms modifiés pour préserver leur anonymat ont en commun d’avoir côtoyé le même enseignant de piano, aujourd’hui toujours actif en région normande. Leurs récits convergent, leurs plaintes ont été déposées — et pour certaines, classées sans suite. Une enquête a néanmoins été ouverte en 2025 dans le Valenciennois.
Un mode opératoire répété sur plusieurs décennies
C’est à la lecture d’articles publiés par La Voix du Nord, d’abord en mars puis en mai 2026, qu’Adèle, une Normande, réalise qu’elle n’est pas seule, relate Ouest-France. Ces articles décrivent le cas d’un professeur de piano qui aurait commis des abus sur des élèves du Valenciennois entre les années 1980 et 2010, avant de s’établir en Normandie. L’homme, présumé innocent, vit toujours dans cette région.
Les témoignages recueillis décrivent un schéma récurrent : un enseignant chaleureux, de l’âge d’un père, qui profite d’un lien de confiance construit avec de jeunes élèves. Il s’imposait comme confident, entretenait une correspondance affectueuse — toujours les mêmes formules, comme « Je t’embrasse comme je t’aime » — et proposait progressivement des cours particuliers à domicile. Louise, qui avait 9 ans lorsqu’il était son professeur, se souvient de bisous dans le cou et de phrases déplacées. Léa, elle, avait 15 ans au moment des faits.
Des plaintes déposées, mais souvent sans suite judiciaire
Adèle a porté plainte une première fois en 2018, dans un commissariat, avant d’être convoquée par une brigade de gendarmerie en Normandie. Elle n’a jamais reçu de retour. En 2017, Alice avait elle aussi déposé plainte en gendarmerie normande : en 2020, un courrier lui notifiait le classement sans suite, faute de preuves suffisantes.
Dans le Valenciennois, Louise a saisi le procureur de la République en septembre 2024. Sa plainte a été transmise au parquet de Valenciennes, et une enquête a été ouverte en 2025. Quelques jours seulement avant la publication de cet article, elle recevait un avis de classement des faits dénoncés — un choc, selon ses propres mots.
Selon des informations recueillies de sources concordantes, ce professeur aurait par le passé été suspendu d’une école de musique et d’un conservatoire en Normandie, en raison de ces mêmes agissements.
La plateforme Coabuse.fr, un outil pour sortir de l’isolement
C’est via la plateforme en ligne Coabuse.fr, spécialisée dans la mise en relation anonyme de victimes d’agressions sexuelles, qu’Adèle et Alice ont pu prendre contact l’une avec l’autre, puis avec les victimes présumées du Nord. Le principe est simple : chaque utilisatrice remplit un formulaire anonyme en indiquant le nom de son présumé agresseur. En cas de concordance avec un autre signalement, un courriel est adressé aux parties concernées pour leur proposer, si elles le souhaitent, d’entrer en contact. Les témoignages ne sont jamais rendus publics, et la démarche ne se substitue pas à une plainte officielle.
Depuis la parution des articles de La Voix du Nord, sept femmes se sont manifestées sur cette plateforme pour le même enseignant dans le seul Valenciennois. Elles ont créé un groupe WhatsApp pour échanger. « La mise en contact permet de sortir de la solitude et de la culpabilité. Ça nous donne beaucoup de force », témoigne Léa.
Des victimes qui avancent malgré le silence institutionnel
Pour Alice, qui avait rencontré ce professeur pour la première fois lors d’un examen de conservatoire en Normandie en 2003, alors qu’il siégeait dans le jury, le chemin vers la reconstruction a été long. Elle dit avoir consulté psychiatres et psychologues sans résultat avant de découvrir, en 2023, la thérapie par l’escrime — une pratique qui lui a permis, dit-elle, de comprendre qu’elle n’était pas responsable de ce qu’elle avait subi.
Adèle, de son côté, ne cache pas sa désillusion vis-à-vis du système judiciaire : « Je n’attends plus rien de la justice, mais je prends la parole pour protéger les autres élèves. » Elle souffre d’une dépression qui a duré deux ans et continue de se battre. Quant aux victimes présumées encore en Normandie, elles sont invitées à se faire connaître via Coabuse.fr, « pour que ça cesse et pour ne plus être seules ».
(Merci Alex CABERO)
En savoir plus sur Police & Réalités
Subscribe to get the latest posts sent to your email.






Je ne comprends pas pourquoi les plaintes ont été classées sans suite alors qu’il y a plusieurs victimes…
Je trouve que la justice manque de respect vis à vis de ces femmes…