Une juge d’application des peines déclare les conditions de détention de Rédoine Faïd « indignes » à Condé-sur-Sarthe. L’Administration pénitentiaire dispose de 30 jours pour agir.

Rédoine Faïd : la justice condamne ses conditions de détention à Condé-sur-Sarthe, l’administration pénitentiaire campe sur ses positions
Incarcéré depuis 2011 et condamné à une peine courant jusqu’en 2057, Rédoine Faïd vient d’obtenir gain de cause devant une juge d’application des peines d’Alençon, qui a qualifié ses conditions de détention d’« indignes ». Mais l’administration pénitentiaire, qui a fait appel, n’entend pas céder facilement.
Une ordonnance qui dénonce sept conditions jugées inacceptables
Par une ordonnance rendue le 15 mai 2026, une juge d’application des peines du tribunal d’Alençon a estimé que les modalités d’incarcération de Rédoine Faïd, 51 ans, détenu au centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe depuis octobre 2025, sont « contraires à la dignité de la personne humaine ». La magistrate a listé sept griefs précis, dont la combinaison et la durée justifient, selon elle, cette qualification grave.
Parmi les éléments retenus figurent l’utilisation systématique d’un hygiaphone lors de chaque parloir depuis octobre 2018 — avec une brève interruption entre septembre et décembre 2025 —, l’absence totale d’unité de vie familiale depuis cette même date, le caractère imprévisible des sorties en promenade, et l’impossibilité pour le détenu d’envisager toute évolution concrète de sa situation carcérale.
Avant de rendre sa décision, la juge s’était rendue en personne à la prison de Condé-sur-Sarthe, accompagnée d’un magistrat du parquet et de Me Benoît David, l’un des avocats de Rédoine Faïd, afin de constater directement la réalité des conditions dénoncées. Son ordonnance impose à l’administration pénitentiaire un délai de trente jours pour y mettre fin, « par tout moyen », relate Le Parisien.
Un « isolement déguisé » malgré une décision antérieure
Cette affaire s’inscrit dans un contentieux long et répété entre Rédoine Faïd et l’administration pénitentiaire. En 2025, une décision de justice avait déjà ordonné son retour à un régime de « détention ordinaire », après plus de douze ans passés à l’isolement. Pourtant, selon Me Laure Berrebi Amsellem, sa seconde avocate, rien n’a véritablement changé sur le terrain.
« En pratique, c’est comme s’il était toujours à l’isolement », affirme la pénaliste, citant en exemple l’organisation systématique de ses déplacements — sport, promenade, infirmerie — de manière à ce qu’il se retrouve seul à chaque fois. Elle dénonce également des restrictions jugées « drastiques » : une seule heure de sport hebdomadaire, sans accès au terrain, et des sorties quotidiennes planifiées de façon aléatoire, privant le détenu de tout repère temporel.
Les conséquences humaines de cette situation ont été décrites par Rédoine Faïd lui-même dès 2022 : « Ça va faire cinq ans que je n’ai touché personne. Le toucher est vital pour les êtres sociaux que nous sommes. Le fait de ne pas pouvoir prendre vos proches dans vos bras provoque un trouble inouï. » Ses avocats soulignent l’impact cumulatif de ces mesures sur sa santé physique et psychologique, ainsi que sur ses liens familiaux.
L’administration pénitentiaire défend ses choix sécuritaires
Face à ces accusations, la direction du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe a confirmé que Rédoine Faïd est bien hébergé dans une aile relevant d’un « régime de détention ordinaire », et non d’un secteur dérogatoire. Les mesures de sécurité appliquées sont présentées comme pleinement justifiées au regard du « profil pénal » du détenu, de ses antécédents judiciaires — dont deux évasions spectaculaires — et de son inscription au répertoire des détenus particulièrement surveillés (DPS).
Sur la question de l’hygiaphone, la direction estime le dispositif légitime en raison de « l’existence de raisons sérieuses de redouter un incident ». Le parquet d’Alençon a, pour sa part, fait appel de l’ordonnance du 15 mai, un recours dont l’effet suspensif empêche pour l’instant toute mise en œuvre de la décision.
Un bras de fer judiciaire sans fin en vue
Avec une fin de peine fixée au 17 août 2057, Rédoine Faïd a encore plus de trente ans à purger. Ce nouveau round judiciaire illustre la tension persistante entre les décisions des juges d’application des peines et le pouvoir discrétionnaire de l’administration pénitentiaire, qui conserve in fine le dernier mot sur les conditions concrètes d’incarcération. Une situation qui interroge, selon la défense, l’effectivité réelle des décisions de justice dans l’enceinte des établissements pénitentiaires français.
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