Une mère marseillaise est jugée pour avoir drogué sa fille de 10 ans atteinte d’un handicap rare. Quatre ans de sursis requis. Le verdict est attendu le 3 juin.

Marseille : une mère jugée pour avoir drogué sa fille handicapée de dix ans, quatre ans de sursis requis
Une mère de cinquante ans comparaît devant le tribunal correctionnel de Marseille pour administration de substances stupéfiantes à son enfant. La fillette, atteinte d’une maladie neurogénétique rare, avait sombré dans le coma après que des analyses eurent révélé la présence de cocaïne et de fentanyl dans son organisme. Le délibéré est fixé au 3 juin.
Un coma qui a déclenché l’alerte
En février 2022, une fillette de dix ans souffrant d’un retard de développement sévère est hospitalisée dans le service de neurologie pédiatrique de l’hôpital de la Timone, à Marseille, établissement qui la suit depuis ses premiers mois de vie. Son état se dégrade progressivement jusqu’à ce qu’elle sombre dans le coma, le 11 mars de la même année.
Les analyses biologiques pratiquées à ce moment révèlent des concentrations significatives de cocaïne et de fentanyl — un opioïde puissant — dans son sang, ses urines et ses cheveux. Plus troublant encore : des traces de cocaïne sont également identifiées dans un prélèvement de liquide céphalo-rachidien réalisé deux ans plus tôt, en 2020, et conservé par l’établissement hospitalier.
Les expertises pointent vers une contamination active
Mandatées par la juge d’instruction en charge du dossier, plusieurs expertises médicales concluent que la dégradation rapide de l’état de santé de l’enfant était « très certainement liée à des interactions médicamenteuses provoquées par l’administration indue de cocaïne ». Un lien de causalité direct est donc établi entre la présence des stupéfiants et l’aggravation clinique constatée, relate BFMTV.
Élément à charge supplémentaire : dès lors que le juge des enfants ordonne la suspension des visites parentales, la fillette connaît une amélioration notable et rapide de son état de santé. L’enquête écarte rapidement le père de tout soupçon et oriente les investigations vers la mère, pourtant décrite par tous ses proches comme profondément attachée à son enfant et entièrement dévouée à sa prise en charge quotidienne.
La mère dénonce un complot, le parquet requiert la sévérité
À la barre, Samantha, cinquante ans, rejette catégoriquement les accusations portées contre elle. Elle affirme que sa consommation personnelle de cocaïne, qu’elle reconnaît sans détour, ne constitue en rien une mise en danger volontaire de sa fille. « Vous pouvez me mettre mille ans en prison, ce qui me fait de la peine, c’est qu’on dise que je lui ai fait du mal », déclare-t-elle aux juges, visiblement émue.
Elle impute l’ensemble de la procédure à une « machination » orchestrée par son ex-compagnon, avec lequel les relations sont depuis longtemps conflictuelles. « J’étais la coupable d’avance parce que j’avais consommé et que ça fait de moi une mauvaise mère », soutient-elle encore. Des traces de cocaïne ont effectivement été retrouvées dans la nourriture et sur plusieurs objets appartenant à l’enfant, ouvrant la voie à la thèse d’une contamination environnementale passive.
Le parquet a requis une peine de quatre ans d’emprisonnement avec sursis probatoire, assortie d’une interdiction de contact avec la fillette en dehors d’un cadre médicalisé et d’une obligation de soins. La partie civile, représentant le père — qui s’est dit « sûr et certain » que la mère a délibérément drogué leur fille —, réclame par ailleurs le retrait total de l’autorité parentale.
Le tribunal face à une question juridique centrale
Le tribunal correctionnel de Marseille devra se prononcer sur une distinction juridique et médicale complexe : celle entre une administration intentionnelle de stupéfiants à un mineur vulnérable et une contamination accidentelle résultant du comportement addictif de la mère. Le jugement sera rendu le 3 juin prochain.
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