Chef présumé d’un réseau de cocaïne Paris–Réunion, « Gitan » a été remis en liberté le 19 mai après un vice de procédure. Il comparaîtra libre devant le tribunal.

« Gitan », cerveau présumé d’un trafic de cocaïne Paris–Réunion, libre suite à un vice de procédure
Merwan O., dit « Gitan », 31 ans, présenté par l’accusation comme le principal organisateur d’un réseau parisien d’approvisionnement en cocaïne à La Réunion, a été remis en liberté le 19 mai dernier. En cause : un vice de procédure détecté par sa défense, qui contraint le parquet à agir d’office. Il comparaîtra désormais libre devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis.
Un réseau pionnier dans un marché en pleine explosion
La Réunion traverse depuis plusieurs années ce que certains acteurs de la lutte antistupéfiants décrivent comme un « tsunami blanc ». Dans ce contexte alarmant, un réseau structuré, gravitant autour du quartier de la porte des Lilas à Paris (XIXe-XXe arrondissement), aurait été parmi les premiers à identifier le potentiel lucratif de ce marché émergent. Pendant près de deux ans, des membres présumés de ce groupe auraient acheminé de grandes quantités de cocaïne depuis la métropole vers l’île de l’océan Indien, profitant d’un différentiel de prix particulièrement avantageux — le gramme pouvant y atteindre des niveaux bien supérieurs à ceux pratiqués en France hexagonale.
Un braquage qui déclenche l’enquête
C’est un événement imprévu qui a mis fin à leur discrétion. Le 18 août 2023, sur le parking d’une salle de réception de Saint-Denis, chef-lieu de l’île, 250 grammes de cocaïne pure sont dérobés aux membres du réseau parisien par des petits délinquants locaux. La riposte ne tarde pas : quelques heures après, deux individus encagoulés et armés font irruption dans la planque des voleurs. Traumatisés, ces derniers portent plainte, ouvrant ainsi la voie à une enquête de la police judiciaire réunionnaise qui remonte rapidement jusqu’aux commanditaires présumés.
Des condamnations prononcées, mais sans le chef
Le 19 février dernier, dix membres présumés du réseau comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis — intermédiaires, revendeurs, nourrices et mules — pour des faits remontant majoritairement à 2022. Les peines prononcées s’échelonnaient de douze mois avec sursis à deux ans et demi ferme. Parmi eux, Manuia M., dit « TeyTey », qui aurait assuré la coordination locale en l’absence de Gitan : ce trentenaire, déjà condamné pour avoir été intercepté avec 30 kg de cannabis à bord d’un go fast en provenance d’Espagne, a écopé de quarante-huit mois, dont dix-huit avec sursis probatoire. Ali B., 31 ans, présenté comme le recruteur de mules — de jeunes femmes appâtées par la promesse d’un séjour au soleil tous frais payés — a quant à lui été condamné à trois ans d’emprisonnement dont seize mois avec sursis, bien qu’il ait contesté ce rôle devant le juge d’instruction.
Merwan O. absent du box : un feuilleton procédural
Merwan O. n’a pas comparu lors de cette audience. Son dossier avait été disjoint dans l’attente d’une décision de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Saint-Denis, saisie d’une requête en nullité déposée par la défense après la cassation d’un de ses arrêts. Deux mois plus tard, la chambre avait finalement statué et le prévenu avait été de nouveau convoqué. Mais son avocat, Me Yanis Ariouat, s’est une nouvelle fois pourvu en cassation, contraignant le tribunal à différer l’examen du fond.
Un vice de procédure qui contraint à la remise en liberté
C’est dans ce contexte de renvoi successif que la défense a identifié une irrégularité procédurale, relate Le Parisien. Alerté, le procureur général n’a eu d’autre choix que d’ordonner la mise en liberté d’office de Merwan O. le mardi 19 mai. L’intéressé conteste depuis l’origine le rôle central que lui prête l’accusation, se présentant comme victime de dénonciations motivées par la jalousie. Il est par ailleurs connu des services judiciaires, ayant été condamné en 2019 à Créteil pour des faits similaires de trafic de stupéfiants. Me Yanis Ariouat n’a pas souhaité faire de déclaration suite à cette libération.
La Réunion, nouveau terrain de jeu des narcotrafiquants métropolitains
Longtemps éclipsée par la Guyane et les Antilles dans les préoccupations des services antidrogue, La Réunion s’impose désormais comme un territoire de plus en plus convoité par les réseaux criminels. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2023 et 2024, les saisies de cocaïne ont plus que doublé, passant de 17,9 kg à 36,5 kg, tandis que le nombre de mules interceptées a bondi de 30%. Une progression qui traduit l’attractivité croissante de ce marché insulaire, où la rareté du produit et l’éloignement géographique permettent aux trafiquants de dégager des marges considérables. L’affaire « Gitan » illustre à la fois la sophistication de ces réseaux et les failles que le droit de la procédure pénale peut offrir à une défense déterminée.
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