Darmanin annonce la création d’une salle d’audience dans la prison de Fleury-Mérogis pour juger les narcotrafiquants et éviter des transferts dangereux et coûteux.

Des salles d’audience construites en prison pour juger les narcotrafiquants : une première en France
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé ce jeudi 28 mai la création de salles d’audience à l’intérieur même de la prison de Fleury-Mérogis. Objectif : juger les figures du narcobanditisme sans les extraire de leur cellule, pour des raisons de sécurité et d’économie.
Une décision inédite inspirée du modèle italien
La France franchit un cap dans sa lutte contre la criminalité organisée, relate Le Parisien. À l’occasion d’une visite matinale à l’établissement pénitentiaire de Fleury-Mérogis, dans l’Essonne, le ministre de la Justice a dévoilé un projet sans précédent sur le territoire national : l’installation de deux salles d’audience spécialement dédiées aux grands procès impliquant des membres du narcobanditisme.
La première sera aménagée directement dans l’enceinte de Fleury-Mérogis, le plus grand établissement carcéral d’Europe avec ses quelque 140 hectares. La seconde, destinée aux procès en appel, pourrait prendre place dans l’ancien Palais de Justice de Paris, sur l’île de la Cité, sur le modèle de la salle modulaire autrefois construite pour les procès des attentats terroristes.
Ce dispositif s’inspire ouvertement du modèle anti-mafia italien, dont les méthodes ont déjà influencé la création des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) en France. Ces unités d’isolement renforcé, destinées aux détenus les plus dangereux liés au trafic de stupéfiants, existent déjà dans les prisons de Condé-sur-Sarthe et de Vendin-le-Vieil. Un troisième QLCO doit prochainement ouvrir à l’établissement de Réau, en Seine-et-Marne.
Sécurité des agents et économies budgétaires : le double enjeu
Derrière cette réforme structurelle, la volonté de mettre fin aux extractions judiciaires, ces transferts de détenus vers les palais de justice qui représentent à la fois un risque sécuritaire majeur et un gouffre financier pour l’État.
« On a des procès qui vont arriver avec parfois 70 prévenus, a expliqué Gérald Darmanin. Cette nouvelle salle permettra de sécuriser bien plus facilement ces audiences et d’éviter les transferts quotidiens de ces détenus sensibles. Ces transferts mettent les agents pénitentiaires en grand danger et ces derniers ne doivent plus payer le prix du sang pour juger des personnes. On le doit aux morts d’Incarville. »
Le coût financier de ces opérations est vertigineux. Chaque transfert en hélicoptère du détenu Mohamed Amra pour une simple audition devant un juge d’instruction reviendrait à environ 350 000 euros. Le récent procès de la DZ Mafia, tenu à Aix-en-Provence, aurait quant à lui mobilisé plusieurs millions d’euros pour sécuriser les déplacements quotidiens des accusés.
Mohamed Amra, premier accusé à être jugé « chez lui » ?
L’évasion sanglante de Mohamed Amra, survenue lors d’un transfert entre la maison d’arrêt d’Évreux et le Palais de Justice de Rouen et qui avait coûté la vie à deux agents pénitentiaires, a agi comme un déclencheur dans la réflexion sur ces nouvelles infrastructures judiciaires.
Ironie du sort, le premier procès organisé dans cette future salle pourrait bien être celui de Mohamed Amra lui-même, jugé avec ses complices de l’évasion. L’audience pourrait se tenir dans un délai de dix-huit mois à deux ans. L’homme, dont chaque déplacement mobilise un dispositif sécuritaire exceptionnel et hors de prix, serait ainsi jugé sans quitter l’établissement qui le détient.
Le ministre a également rappelé que, juste avant le procès de la DZ Mafia, les services de police et de justice avaient déjoué un projet d’évasion lors des transferts des accusés, soulignant une nouvelle fois la nécessité urgente de ce type d’infrastructure.
(Merci Rudy van Cappellen)
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