Un ostéopathe de 37 ans est jugé à Strasbourg pour viols et agressions sexuelles sur 29 patientes. Le procès s’ouvre ce 1er juin devant la cour criminelle du Bas-Rhin.

Un ostéopathe jugé pour vingt-neuf viols et agressions sexuelles commis en consultation
Un praticien alsacien de 37 ans comparaît depuis ce lundi 1er juin 2026 devant la cour criminelle du Bas-Rhin. Il est accusé d’avoir abusé de la confiance de ses patientes lors de séances d’ostéopathie pour commettre viols et agressions sexuelles. Vingt-neuf femmes se sont constituées parties civiles dans ce dossier hors norme.
Un procès de deux semaines à Strasbourg
Le procès de Pierre Garitte, ostéopathe qui exerçait à Eschau, commune de la banlieue sud de Strasbourg, s’est ouvert ce lundi devant la cour criminelle du Bas-Rhin, relate Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Les débats doivent se poursuivre jusqu’au 12 juin 2026. Le praticien répond de huit viols par pénétration digitale et de vingt et une agressions sexuelles sans pénétration, commis sur des patientes venues le consulter pour des douleurs ordinaires — dos, genou, épaule, vertiges. Placé sous contrôle judiciaire depuis quatre ans, il n’exerce plus depuis son arrestation.
Des manipulations centrées sur les parties intimes
Selon les éléments réunis durant l’instruction, quelle que soit la plainte exprimée par la patiente, l’accusé orientait systématiquement ses gestes vers les zones intimes. À une femme souffrant d’une tendinite à l’épaule, il aurait expliqué devoir « travailler les chakras de la tête jusqu’au pubis ». À une autre se plaignant du dos, il aurait invoqué le péritoine pour justifier ses actes.
Le cas le plus documenté implique une patiente souffrant de vertiges : le praticien aurait introduit ses doigts dans son vagin avant de lui déclarer, au terme du geste, que « l’âme de sa maman était coincée dans son utérus » et qu’il venait de la libérer. Une autre victime a décrit une séance à l’atmosphère inhabituelle — musique douce, lumière tamisée — sans rapport avec le cadre habituel d’une consultation ostéopathique.
Vingt-neuf victimes identifiées parmi 470 patients
Les enquêteurs ont passé en revue l’intégralité du fichier de patientèle, soit 470 personnes. Parmi elles, vingt-neuf femmes ont été identifiées comme victimes. Elles sont âgées de 23 à 77 ans. Pour une partie d’entre elles, les faits se sont reproduits à l’occasion de plusieurs rendez-vous, ce qui soulève la question de l’emprise progressive exercée sur des personnes en situation de vulnérabilité médicale.
La défense plaide l’absence d’intention sexuelle
En garde à vue, Pierre Garitte a d’abord minimisé ses gestes en évoquant des « points de pression dans la zone du périnée », avant de reconnaître les actes reprochés tout en niant toute motivation sexuelle. Il maintient que ses interventions relevaient d’une démarche strictement thérapeutique.
Cette ligne de défense se heurte cependant à un obstacle juridique majeur : le décret de 2007 encadrant l’exercice de l’ostéopathie interdit expressément les manipulations gynéco-obstétricales et les touchers pelviens, y compris avec le consentement explicite de la patiente. Son avocat, Me Yves Sauvayre, a indiqué qu’il plaiderait l’innocence de son client et l’absence de caractère sexuel dans les actes commis.
La confiance thérapeutique au cœur des débats
Pour Me Sendegul Aras, qui représente six parties civiles, cette affaire met en lumière une violence particulièrement insidieuse : « Ces femmes ont remis leur corps à un soignant parce qu’elles pensaient que leur vulnérabilité serait protégée par l’éthique même du soin. Et c’est justement cette confiance thérapeutique qui sera au cœur des débats. »
Sonia Bisch, présidente de l’association Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, rappelle que « c’est extrêmement tabou de prendre conscience que des professionnels de santé sont capables de violences et de viols », et que le consentement aux soins ne vaut pas consentement à n’importe quel acte. Emmanuelle Piet, du Collectif féministe contre le viol, pointe pour sa part « une stratégie, chez les agresseurs professionnels, de laisser penser que ça fait partie du soin » — une stratégie que la justice devra démanteler lors de ce procès inédit dans la région.
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