Frappé par deux usagers dans une déchetterie de l’Essonne, un agent handicapé condamné comme ses agresseurs. Il fait appel.

Essonne : agressé dans une déchetterie, un employé handicapé condamné au même titre que ses assaillants
À Verrières-le-Buisson, un agent de déchetterie frappé par deux usagers avait brandi un sécateur pour se défendre. Un an plus tard, le tribunal d’Évry-Courcouronnes l’a condamné à la même peine que ses agresseurs. Licencié, il entend faire appel.
Un après-midi ordinaire qui tourne au drame
Le 11 juin 2025, en milieu d’après-midi, une camionnette s’arrête devant la benne tout-venant de la déchetterie municipale de Verrières-le-Buisson, dans l’Essonne. Deux hommes, un père et son fils, commencent à décharger leurs affaires sans respecter les consignes de tri sélectif. Joachim*, agent sur place depuis quinze ans et reconnu travailleur handicapé en raison d’une arthrose sévère, les interpelle poliment pour les orienter vers le bon espace de dépôt, relate Actu Essonne.
Les deux hommes ignorent ses remarques. Joachim s’approche une seconde fois et pose la main sur l’épaule du père. C’est alors qu’il reçoit un coup de poing par-derrière et se retrouve projeté au sol, aveuglé par le soleil.
Acculé au sol, il saisit son sécateur
« J’ai eu très peur. J’étais au sol, aveuglé par le soleil. J’ai saisi le premier objet que j’avais sur moi, mon sécateur, et je l’ai brandi devant moi pour éviter de prendre d’autres coups », a-t-il témoigné à l’audience. Des usagers présents séparent les protagonistes et alertent la police.
Les trois hommes sont placés en garde à vue. Les caméras de surveillance de la déchetterie étant défectueuses, seuls les témoignages d’usagers étayent les faits. À l’issue de leur garde à vue, une obligation de quitter le territoire français (OQTF) est notifiée aux trois prévenus — Joachim, de nationalité portugaise et né au Sénégal, comme aux deux autres hommes, de nationalités espagnole et colombienne. Le tribunal administratif de Versailles annulera pourtant celle visant Joachim quelques jours plus tard.
Licencié après quinze ans de service
Les répercussions professionnelles, elles, n’ont pas attendu le jugement. L’entreprise concessionnaire de la déchetterie a d’abord mis Joachim à pied, avant de le licencier — malgré quinze années de bons et loyaux services. Une issue que son avocat, Maître Souleymane Ka, a qualifiée d’injuste, rappelant que son client « n’a fait que répondre légitimement à la violence qui s’est exercée sur lui » et plaidant sa relaxe devant la 6ᵉ chambre correctionnelle du tribunal judiciaire d’Évry-Courcouronnes.
La même peine pour les trois prévenus
Le 19 juin 2026, le juge unique a condamné les trois hommes à six mois d’emprisonnement avec sursis, sans distinction entre l’agresseur et celui qui s’est défendu. Pablo*, 23 ans, fils du père mis en cause, avait justifié sa violence en affirmant que l’employé « avait manqué de respect » à son père.
Cette décision ne convainc pas la défense. Joachim entend former appel, estimant le jugement « incompréhensible », un qualificatif que son avocat a confirmé publiquement. Pour ce père de famille de 43 ans, c’est une double peine : condamné par la justice, déjà sanctionné par son employeur.
Les prénoms ont été modifiés.
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