Deux hommes condamnés à Nanterre pour avoir créé 1 018 faux dossiers RSA dans 75 CAF et détourné 190 000 euros grâce à des identités volées. Retour sur une fraude sociale d’envergure.

Fraude industrielle au RSA : deux escrocs condamnés après 1 000 faux dossiers dans 75 caisses
Un réseau de fraude aux allocations sociales d’une ampleur inédite a été démantelé en France. Deux hommes viennent d’être condamnés par le tribunal de Nanterre pour avoir détourné 190 000 euros de RSA en créant plus de mille faux dossiers dans 75 caisses d’allocations familiales. Une affaire qui révèle les nouvelles méthodes de lutte contre la fraude sociale.
Un mode opératoire rodé et répété à l’échelle nationale
C’est en juillet 2024 que les premiers signaux d’alerte remontent dans plusieurs caisses d’allocations familiales (CAF), relate Le Parisien. Des agents spécialisés dans la détection de la fraude aux aides sociales identifient des profils anormaux : des dossiers de demande de revenu de solidarité active (RSA) créés au nom d’hommes de plus de 50 ans, dont les identités semblent manifestement usurpées.
Le schéma se répète avec une régularité troublante. À chaque dossier suspect, les enquêteurs retrouvent les mêmes types d’adresses électroniques — des comptes Outlook aux caractéristiques similaires — et des coordonnées bancaires rattachées aux mêmes néobanques anglaises. Un niveau de standardisation qui trahit une organisation méthodique.
Entre le 23 et le 31 juillet 2024, pas moins de dix CAF remontent simultanément leurs inquiétudes au Service national de lutte contre la fraude à enjeux (SNLFE), rattaché à la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf). La riposte s’organise.
Bloquer les paiements en temps réel : la course contre la montre
Face à l’afflux de signalements, le SNLFE diffuse en urgence des consignes à l’ensemble du réseau : identifier les dossiers frauduleux, bloquer les versements en cours et neutraliser les relevés d’identité bancaire (RIB) déjà répertoriés.
« Tout l’enjeu était de stopper rapidement les versements et de verrouiller les RIB connus. Nous avons pu sécuriser la moitié des paiements », explique Thomas Desmoulins, directeur chargé de la prévention, du contrôle et de la lutte contre la fraude à la Cnaf.
Mais les deux escrocs s’adaptent. Dès qu’une caisse ferme leurs dossiers, ils en ouvrent de nouveaux dans d’autres départements, modifiant adresses mail, coordonnées bancaires et établissements, afin de brouiller les pistes et de prolonger leur activité frauduleuse.
Des identités volées, revendues sur le DarkWeb
L’enquête du SNLFE établit finalement un bilan saisissant : 1 018 faux dossiers RSA créés dans 75 CAF sur une période de dix mois. Le préjudice tenté s’élève à plus de 400 000 euros, dont 190 000 euros effectivement versés aux deux malfaiteurs, basés en France.
Pour usurper l’identité de leurs victimes, les fraudeurs ont puisé dans des bases de données personnelles issues de cyberattaques contre d’autres organismes. Ces informations, une fois volées, sont revendues sur le DarkWeb avant d’être exploitées pour monter de faux dossiers administratifs en ligne.
Le choix des victimes n’est pas anodin. « Les hommes de plus de 50 ans sont moins susceptibles d’être déjà allocataires à la CAF, notamment pour les APL. Et si leur profil laisse supposer un certain niveau de revenus, il est probable que nous ne les connaissions pas encore dans nos fichiers. Ce sont des profils qui intéressent davantage les fraudeurs », précise Thomas Desmoulins.
Condamnations au tribunal de Nanterre
Les investigations ont conduit à l’interpellation et au jugement des deux protagonistes. Le 9 juin 2026, le tribunal judiciaire de Nanterre (Hauts-de-Seine) a rendu son verdict pour escroquerie en bande organisée.
Le premier prévenu a été condamné à trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, assortis d’une amende de 6 000 euros et de l’obligation de rembourser l’intégralité des sommes perçues. Son complice a, quant à lui, écopé de dix-huit mois de prison dont douze avec sursis, d’une amende de 4 000 euros et de la même obligation de remboursement.
« Il s’agit de notre première affaire judiciaire finalisée en 2026 sur des volumes aussi importants. Nous nous engageons sur le terrain judiciaire lorsque l’ampleur de la fraude le justifie », souligne Thomas Desmoulins, qui anticipe d’autres procédures similaires d’ici la fin de l’année.
La lutte anti-fraude monte en puissance à la Cnaf
Cette affaire s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement des moyens de détection à la Cnaf. Créé en 2021, le SNLFE monte progressivement en puissance, en s’appuyant sur des agents territoriaux mieux formés et sur une coopération accrue entre services.
« Cette affaire démontre que notre stratégie de lutte contre la fraude aux aides sociales est efficace. Nous avons pu limiter les versements à moins de la moitié du préjudice tenté. Donner plus de pouvoir aux agents sur le terrain pour détecter les usurpations d’identité et cibler les fraudes à fort enjeu est la bonne approche », se félicite Constance Bensussan, directrice générale de la Cnaf.
En 2025, les contrôles menés par les agents de l’organisme — qui redistribue chaque année près de 100 milliards d’euros d’aides à 13,5 millions d’allocataires — ont permis de détecter 508 millions d’euros de fraudes sociales au total.
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