À Bayonne, une détenue a été libérée sans jugement faute d’escorte depuis Pau — déjà relâchée en mai pour les mêmes raisons. Un cas révélateur de la crise de la justice française.

Pau-Bayonne : libérée deux fois sans jugement, une prévenue jamais entendue faute d’escorte disponible
Poursuivie pour violences, une prévenue de 39 ans n’a pas pu comparaître lundi devant le tribunal judiciaire de Bayonne : aucune escorte n’était disponible pour la conduire depuis la prison de Pau. Remise en liberté sans jugement, elle avait déjà vécu la même situation en mai, dans une autre affaire. Un dysfonctionnement qui illustre encore les carences structurelles de la justice française.
Une salle d’audience, un box vide
Lundi 22 juin, le tribunal judiciaire de Bayonne attendait. Magistrats, procureure, avocats — tout le monde était présent, relate Ici Pays basque. Sauf la principale intéressée. Nina, 39 ans, devait répondre en comparution immédiate d’une agression commise le 18 juin sur un agent de sécurité du centre commercial BAB2 d’Anglet, qui l’avait surprise en train de dérober des objets. Placée en détention provisoire à la prison des femmes de Pau, elle aurait dû parcourir la soixantaine de kilomètres la séparant du palais de justice bayonnais. Ni les agents de l’administration pénitentiaire, ni les policiers, ni les gendarmes n’ont pu assurer ce transfert.
Les magistrats ont alors proposé une comparution par visioconférence, dispositif légal prévu pour éviter précisément ce type de blocage. Nina a refusé. Sans autre recours, le tribunal n’a eu d’autre choix que de la remettre en liberté. “Un triste constat”, a sobrement déploré la procureure de la République Fanny Fournier.
Déjà libérée en mai pour les mêmes raisons
Ce qui aurait pu passer pour un incident isolé prend une tout autre dimension à la lumière des semaines précédentes. En mai, Nina devait déjà comparaître devant le même tribunal dans une autre affaire — un trafic de cocaïne. Ce jour-là, la gendarmerie avait fait savoir qu’elle ne pouvait assurer le transfert depuis Pau, invoquant l’absence de “danger imminent” le justifiant, après un début d’année déjà marqué par quarante-cinq extractions judiciaires. Le parquet de Bayonne n’avait que moyennement apprécié. Nina avait alors été libérée sans jugement, pour les mêmes raisons qu’en ce lundi caniculaire de juin.
Cette affaire de stupéfiants présentait un mode opératoire singulier : la prévenue utilisait l’application Snapchat pour contacter ses clients et dissimulait sa cocaïne dans un contenant caché sous une pierre tombale dans l’un des cimetières de Biarritz.
Deux affaires, un seul rendez-vous au 9 juillet
Les deux dossiers — l’agression d’Anglet et le trafic de drogue de Biarritz — seront désormais examinés lors d’une audience fixée au 9 juillet. Nina y comparaîtra libre, un statut qu’elle doit, paradoxalement, aux défaillances répétées de l’institution judiciaire chargée de la juger.
Ce cas s’inscrit dans un contexte national préoccupant. Les juridictions françaises font face à des tensions structurelles profondes : manque de personnel pénitentiaire, saturation des plannings d’escorte, sous-effectifs chroniques dans les forces de l’ordre. Résultat : des audiences sont renvoyées, des dossiers s’accumulent, et des prévenus recouvrent la liberté non par décision de justice, mais par défaut de moyens.
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