Après le meurtre de Lyhanna, 11 ans, Darmanin engage une procédure disciplinaire contre un magistrat d’Auch. Un rapport pointe de graves défaillances judiciaires.

Affaire Lyhanna : procédure disciplinaire contre un magistrat d’Auch, le rapport d’inspection révèle de graves défaillances
Vingt-quatre jours après le viol et le meurtre de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé lundi 22 juin l’ouverture d’une enquête administrative visant un substitut du parquet d’Auch. Un pré-rapport d’inspection pointe un cumul de manquements individuels dans le traitement d’une plainte pour viol qui aurait pu, selon les autorités, empêcher le drame.
Une procédure disciplinaire engagée contre le magistrat d’Auch
Le garde des Sceaux a annoncé lundi soir, sur le plateau de TF1, avoir engagé « une procédure disciplinaire, une enquête administrative » à l’encontre d’un substitut du parquet d’Auch, relate BFMTV. Les conclusions de cette enquête sont attendues « avant la fin de l’été », selon l’entourage du ministre.
Dans l’attente des résultats, le magistrat visé a été immédiatement écarté de tout dossier impliquant des mineurs : son habilitation à traiter ce type d’affaires lui a été retirée par le garde des Sceaux. Si l’enquête confirme des fautes individuelles, elle ouvrira la voie à une saisine du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), dont l’avis précédera toute sanction prononcée par le ministre.
Un rapport d’inspection accablant pour la chaîne judiciaire
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a pris connaissance lundi matin d’un premier état des lieux établi par les chefs des inspections générales de la justice (IGJ) et de la gendarmerie nationale (IGGN). Le document, commandé conjointement par Gérald Darmanin et le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, identifie « un cumul de pertes de temps et une absence de suivi de procédure » à plusieurs niveaux de la chaîne judiciaire et policière.
Au cœur du rapport : une plainte pour viols sur mineur de moins de 15 ans déposée en août 2025 à Toulouse par la mère de Rosa, une enfant de 10 ans qui accusait Jérôme Barella — principal suspect du meurtre de Lyhanna — de l’avoir violée « une cinquantaine de fois ». Le suspect n’a jamais été entendu dans cette procédure pourtant classée « sensible », qui aurait dû, selon les inspecteurs, être traitée en priorité notamment au regard des constatations médicales réalisées à Toulouse.
Une plainte partie de Toulouse, enlisée à Auch
Selon le rapport, le traitement initial de la plainte à Toulouse avait été conduit rapidement et efficacement. Mais après son transfert au parquet d’Auch, la procédure a perdu toute dynamique. Le dossier a effectué deux allers-retours entre la Haute-Garonne et le Gers sans que les actes d’enquête nécessaires ne soient diligentés.
« La suite de la procédure a été marquée par une succession d’erreurs, de négligences, d’inactions et de mauvaises décisions, à plusieurs niveaux de la chaîne judiciaire et de l’enquête », a écrit Sébastien Lecornu sur le réseau social X. Le Premier ministre a tenu à préciser que ce « fiasco judiciaire » ne relevait ni d’un simple dysfonctionnement administratif ni d’un manque de moyens, mais que « une chaîne de protection a failli ».
Deux gendarmes mutés d’office, 70 000 plaintes en cours de réexamen
Du côté de la Place Beauvau, Laurent Nuñez a annoncé avoir saisi l’IGGN d’une enquête de commandement pour établir les responsabilités individuelles au sein des services d’enquête. Il a également ordonné la mutation d’office de deux agents, placés « dans des emplois hors exercice de la police judiciaire ».
Sur le plan national, Gérald Darmanin avait demandé aux procureurs généraux de procéder, d’ici au 14 juillet, au réexamen de l’intégralité des plaintes impliquant des enfants — soit environ 70 000 dossiers. Dans ce cadre, 134 placements en détention provisoire ont d’ores et déjà été prononcés.
Ni Gérald Darmanin ni Laurent Nuñez n’entendent pour autant jeter la suspicion sur l’ensemble des institutions : le Premier ministre a appelé à ne pas « jeter l’opprobre sur la gendarmerie nationale ni sur l’autorité judiciaire dans leur ensemble », tout en assumant que « la puissance publique ne se défaussera pas » face à ses responsabilités.
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