Le parquet de Nanterre a ouvert une enquête préliminaire après des signalements d’annonces suspectes sur Vinted. L’Ofmin est chargé de vérifier ces alertes.

Vinted dans le viseur de la justice : une enquête ouverte après des soupçons de trafic de mineurs
Des annonces à prix exorbitants, des descriptions mentionnant âge et taille d’enfants, des milliers de signalements en ligne… Le parquet de Nanterre a ouvert une enquête préliminaire et confié le dossier à l’Office des mineurs. Mais la réalité de ces faits reste, à ce stade, entièrement à établir.
Des annonces qui ont alerté les internautes
Tout commence par quelques publications sur TikTok. Des créateurs de contenus y épinglent des annonces publiées sur Vinted, plateforme de revente entre particuliers : des jouets ou objets de faible valeur apparente y sont proposés à des prix vertigineux, parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros. Ce qui interpelle davantage, c’est la présence, dans certaines descriptions, d’indications d’âge et de taille correspondant à des enfants en bas âge ou des adolescents, relate BFMTV.
Pour une partie des internautes, ces éléments ne seraient pas anodins. Ils y voient un possible système de codage dissimulant une activité de trafic de mineurs. Une vidéo citant une figurine Harry Potter affichée à 30 000 euros a notamment recueilli plus de 112 000 mentions « j’aime » en quelques jours, alimentant une polémique qui s’est rapidement propagée au-delà de TikTok.
La justice saisie, l’Ofmin mandaté
Face à l’ampleur des signalements, le parquet de Nanterre a décidé d’agir. Une enquête préliminaire a été ouverte et confiée à l’Office des mineurs (Ofmin), unité spécialisée dans la protection des enfants. L’objectif affiché est de « vérifier » le bien-fondé des alertes transmises aux autorités, sans que le parquet n’ait, à ce stade, confirmé que l’un quelconque de ces signalements soit étayé.
La Haute commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, s’est elle aussi emparée du sujet. Elle a indiqué avoir signalé l’existence de comptes suspectés auprès de Pharos, la plateforme nationale de signalement de contenus illicites en ligne, ainsi qu’auprès de l’Arcom. Elle a qualifié de « glaçant » le contenu d’un article faisant état d’un échange avec un prétendu vendeur d’enfant — un article qui a ensuite été corrigé.
Un “vendeur” qui s’avère être un lycéen de 17 ans
La correction en question révèle une tout autre réalité : le prétendu vendeur n’était pas un trafiquant, mais un lycéen de 17 ans ayant délibérément publié une annonce provocatrice pour « piéger des pédos », selon ses propres termes. Cet élément illustre la complexité de l’affaire, où se mêlent inquiétudes légitimes, désinformation et manipulations en ligne.
Plusieurs vendeurs dont les annonces ont circulé dans des vidéos accusatrices ont contacté l’AFP pour affirmer qu’ils proposaient bien des jouets, rien d’autre.
Vinted dément et rappelle ses règles
Interrogée sur ces accusations, Vinted a répondu avoir mené sa propre enquête interne. La plateforme affirme n’avoir trouvé « aucun élément permettant de relier ces annonces à des activités de trafic d’enfants ». Elle apporte deux précisions importantes : l’âge mentionné dans les annonces de jouets correspond à la tranche d’âge des enfants auxquels le jouet est destiné, et les prix élevés s’expliquent soit par une valeur de collection réelle, soit par des provocations ou des tactiques de négociation.
Vinted assure par ailleurs appliquer une politique de tolérance zéro envers tout contenu inapproprié et coopérer avec les forces de l’ordre dès qu’une annonce suspecte est identifiée.
Une affaire symptomatique des dérives de la viralité
Cette affaire soulève des questions plus larges sur le rôle des réseaux sociaux dans la propagation d’accusations non vérifiées. Entre alertes citoyennes légitimes et emballement numérique incontrôlé, la frontière est parfois mince. L’enquête ouverte par le parquet de Nanterre permettra, en théorie, d’y voir plus clair — et de distinguer ce qui relève de l’alerte fondée de ce qui appartient à la rumeur virale.
En attendant les conclusions de l’Ofmin, aucune mise en cause officielle n’a été prononcée.
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