Un routier croate relaxé pour trafic mais condamné à 8 mois ferme après la découverte de 33 kg de cocaïne dans son camion à Perpignan.

Perpignan : 33 kg de cocaïne découverts dans un camion, le routier relaxé du trafic mais condamné pour négligence
Le tribunal correctionnel de Perpignan a rendu son verdict ce lundi 27 juillet 2026 dans une affaire de saisie record de cocaïne. Si les juges n’ont pas retenu la culpabilité du chauffeur pour trafic de stupéfiants, ils l’ont reconnu responsable d’une négligence ayant permis la contrebande, le condamnant à huit mois de prison ferme et à une amende douanière de 1 485 000 euros.
Une saisie spectaculaire lors d’un contrôle de routine
Tout commence le 22 juillet, sur l’aire du village catalan, dans la commune de Tresseres, relate L’Indépendant. Les douaniers procèdent à un contrôle sur un ensemble routier chargé de palettes de textile, appartenant à une marque de vêtements largement diffusée. Les portes de la remorque sont scellées par un plomb réglementaire, signe habituel d’une absence de manipulation frauduleuse durant le transport.
Mais le comportement du chien détecteur alerte les agents : l’animal se montre particulièrement nerveux en longeant la remorque. Le véhicule est immédiatement conduit vers un lieu sécurisé pour être intégralement vidé de son chargement. L’inspection révèle un renfoncement destiné à stabiliser des bobines, dans lequel des planches disjointes laissent apparaître des colis suspects. Le contenu s’avère être 33 kilogrammes de cocaïne.
Un chauffeur qui affirme avoir été instrumentalisé
Devant les juges, le routier croate de 37 ans se présente comme une victime du système plutôt qu’un acteur du trafic. Il explique que le chargement s’est effectué à Barcelone, opération inhabituelle réalisée par trois hommes alors qu’un seul suffit normalement. Selon lui, c’est à ce moment précis que la drogue aurait pu être dissimulée, sans qu’il en ait connaissance.
Le président du tribunal soulève une contradiction : si le plomb réglementaire était bien en place au moment du contrôle, la cocaïne n’a pu être installée qu’avant ou pendant le chargement à Barcelone. Interrogé sur l’absence de vérification, le chauffeur répond qu’il lui était interdit de monter dans la remorque, pour des raisons de sécurité selon ses employeurs.
Un parcours jalonné de zones d’ombre
L’audience met en lumière plusieurs éléments troublants du trajet. Après avoir déchargé à Valence, le routier repart à vide vers Malaga, officiellement pour récupérer un collègue en panne, sur ordre de son patron. Ses échanges avec cet employeur se font exclusivement via des messages éphémères, une pratique que le président juge pour le moins inhabituelle.
Autre point soulevé : après le chargement à Barcelone, le chauffeur conduit trois heures avant de patienter dix heures à La Jonquera, à la frontière. Le tribunal l’interroge sur une possible stratégie visant à rouler de nuit pour échapper aux contrôles. Le prévenu réfute cette hypothèse, expliquant avoir reçu pour consigne de ne jamais passer la nuit sur une aire française, jugée trop dangereuse.
Une défense fondée sur la subordination
La procureure souligne qu’en cas de doute légitime, le chauffeur avait la possibilité d’émettre des réserves sur la lettre de transport, ce qu’il n’a pas fait. Elle a requis quatre ans de prison ferme, estimant la responsabilité du prévenu clairement engagée.
L’avocat de la défense, Maître Bonafos, a insisté sur le contexte professionnel spécifique du chauffeur. En Croatie, contester un ordre hiérarchique peut entraîner un licenciement immédiat. Il a également rappelé qu’une fois les palettes chargées et scellées, son client n’avait matériellement aucun moyen de vérifier l’absence de marchandise illicite sous le chargement.
Un verdict nuancé entre relaxe et sanction
Après délibération, le tribunal a prononcé la relaxe du chauffeur pour le chef de trafic de stupéfiants, faute de preuves suffisantes de sa connaissance du contenu réel de la remorque. Les juges ont néanmoins retenu la contrebande liée à une négligence coupable, estimant que le professionnel n’avait pas effectué les vérifications d’usage inhérentes à son métier.
La sanction s’établit ainsi à huit mois de prison ferme, assortis d’une amende douanière conséquente de 1 485 000 euros, reflet de la valeur marchande de la drogue saisie.
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