Une fresque dénonçant « les violences policières » a été effacée à Besançon par la municipalité, jugée “inacceptable”. L’artiste Nacle réagit, la classe politique se divise.

Besançon : la fresque dénonçant « les violences policières » effacée par la municipalité
Une œuvre de l’artiste Nacle, peinte sur un mur d’expression libre du quartier de la Malcombe, a été recouverte quelques heures après sa publication sur les réseaux sociaux. Le maire de Besançon justifie cette décision par des “valeurs républicaines” à défendre, provoquant une vive polémique politique.
Une fresque symbolique visée par la censure
Ce week-end, l’artiste Nacle a réalisé une nouvelle fresque sur le site de la Malcombe, à Besançon. L’œuvre représente un CRS musclé, incarnant la figure de la mort : cape noire et faux à la main. De part et d’autre de cette silhouette figurent deux inscriptions, “La police tue” et “Non au permis de tuer”, accompagnées d’une liste de prénoms de personnes décédées lors d’interventions policières, parmi lesquelles des affaires emblématiques ayant marqué l’actualité française ces dernières décennies, rapporte L’Est Républicain.
Par ce travail, le graffeur entendait aussi prendre position contre une proposition de loi visant à instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, surnommée par ses opposants “loi permis de tuer”. “Certains manifestent dans la rue, moi, mon engagement est sur les murs”, explique l’artiste, qui précise ne pas chercher à accuser la police mais à “faire réagir” de manière symbolique.
L’effacement rapide ordonné par la municipalité
Mardi 22 septembre, en début d’après-midi, la municipalité bisontine a fait recouvrir la fresque, à peine quelques dizaines de minutes après la diffusion de photos de l’œuvre sur les réseaux sociaux de l’artiste. Le maire de Besançon a qualifié le message d’“inacceptable”, estimant qu’il “ne correspond ni à la position de la municipalité, ni aux valeurs républicaines que la Ville entend défendre”.
L’édile reconnaît que le mur concerné est dédié à l’expression libre, mais nuance : selon lui, cette liberté “suppose certaines limites” et ne saurait “justifier une mise en cause globale” des forces de police. Un élu local de la 1re circonscription du Doubs partage cette analyse, dénonçant un message qui “met gravement en cause l’honneur de milliers de policiers et de gendarmes” et nourrirait une “haine anti-flic inacceptable”.
La réaction de l’artiste face à la disparition de son œuvre
Informé de l’effacement, Nacle se dit désolé de la tournure des événements. “Voilà où en est la liberté d’expression… Cela me questionne. J’aimerais connaître le motif du recouvrement”, confie-t-il. Concernant un éventuel recours pour contester cette décision, l’artiste indique ne pas s’inscrire dans ce type de démarche : “Je suis là pour m’exprimer, je ne suis pas sur l’aspect juridique ou législatif.”
Seules des photographies permettent désormais de conserver une trace de la fresque disparue. L’histoire de l’art rappelle que certaines œuvres censurées ont fini par acquérir, avec le temps, une notoriété particulière.
Une classe politique locale divisée
Sur l’échiquier politique bisontin, les réactions divergent nettement. Du côté du Parti socialiste, l’effacement de la fresque est accueilli favorablement. À l’inverse, le Parti communiste français (PCF) affiche un net soutien à l’artiste par la voix d’un conseiller municipal local.
Pour la section communiste, cette œuvre “avait vocation à interpeller, à provoquer le débat et à éveiller les consciences face à des drames humains trop souvent relégués au silence”. Le PCF estime que le maire “a choisi la censure plutôt que la discussion”, une décision jugée d’autant plus problématique que le mur concerné était explicitement consacré à l’expression libre.
Les membres du parti insistent sur la nécessité de préserver ces espaces d’expression sans qu’ils deviennent, selon eux, “soumis à l’approbation idéologique du maire”. Ils rappellent que “la liberté d’expression ne vaut pas seulement pour les paroles qui confortent le pouvoir”.
(Merci Rudy van Cappellen & Yann Bourguignon)
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