Houdancourt (60) : il tente d’empêcher des gens du voyage de s’installer sur sa pâture, est roué de coups puis condamné

Oise : un éleveur condamné après avoir blessé un homme avec son tracteur lors d’une occupation illégale
Sylvain Masson, 71 ans, a été condamné le 26 octobre à cinq mois de prison avec sursis par le tribunal judiciaire de Compiègne. Il était poursuivi pour des violences réciproques après l’installation d’un groupe de gens du voyage sur sa pâture de Houdancourt, en juillet 2021. Il a fait appel.
Une pâture déjà occupée en avril 2021
Sylvain Masson est éleveur et propriétaire de chevaux à Houdancourt, dans l’Oise, relate Le Parisien. Il pratique l’attelage à haut niveau. Il tire d’une pâture de deux hectares, héritée de ses parents, le fourrage qui nourrit ses animaux.
Selon son récit, ce terrain avait déjà été occupé une première fois le 28 avril 2021. Le groupe y serait resté environ trois semaines avant de partir pour Arsy. Il affirme avoir déposé plainte, classée sans suite. Une fois les occupants partis, il dit avoir retrouvé sa pâture dégradée, avec des gravats et des déchets. Le nettoyage aurait pris trois jours.
Le 5 juillet 2021, le face-à-face
Le 5 juillet 2021, un camion équipé d’une grue se présente devant sa propriété, suivi de plusieurs dizaines de caravanes. Environ vingt-huit mètres de grillage et de haies sont arrachés.
L’éleveur monte alors dans son tracteur pour s’opposer à l’installation. Il décrit une situation de panique : des personnes munies de barres de fer autour de lui, des cris, un homme accroché à l’engin qui le frappe. Il explique avoir lâché la pédale d’embrayage sous la peur, ce qui a projeté le tracteur contre une caravane.
Un autre homme est ensuite monté sur le marchepied. La machine a frôlé une haie et il est tombé. Gravement blessé, il a été conduit à l’hôpital de Compiègne avec un tibia et des côtes fracturés et un poumon perforé. Selon l’éleveur, il a lui-même été frappé avant l’arrivée des gendarmes.
Un procès tardif
L’affaire a mis plusieurs années à être jugée. Un témoin, présenté comme l’auteur présumé des coups portés à l’éleveur, n’a pas pu être entendu pendant longtemps. Il n’a réapparu qu’en août 2024.
Le tribunal de Compiègne a condamné le 26 octobre l’éleveur à cinq mois de prison avec sursis pour violences réciproques. L’autre homme, issu de la communauté des gens du voyage, a écopé de dix mois avec sursis.
Le manque d’aires d’accueil en toile de fond
À l’audience, les gens du voyage ont défendu leur mode de vie. Ils ont rappelé que des terrains doivent être mis à leur disposition. La loi impose en effet à l’État et au département d’élaborer un schéma départemental. Les intercommunalités doivent ensuite créer les places nécessaires dans des aires d’accueil.
Ces projets se heurtent souvent à l’hostilité des communes concernées et à leur coût. Selon le schéma établi en 2019, la communauté de communes de la Plaine d’Estrées doit prévoir 30 terrains locatifs familiaux et une aire d’accueil de 20 places. Ces équipements ne sont toujours pas réalisés.
Un arrêté préfectoral du 3 avril 2025 autorise les expropriations nécessaires à la construction d’une aire à Longueil-Sainte-Marie. Elle doit être réalisée dans un délai de cinq ans. D’ici là, des groupes s’installent sur des terrains privés, en dehors du cadre légal.
« Je vis la peur au ventre »
Sylvain Masson met en avant le droit de propriété : « ici, c’est chez moi ». Il chiffre ses pertes à 7 000 euros de réparations pour son tracteur et 3 000 euros de fourrage. À cela s’ajoutent des frais d’huissier et d’avocat, et la demande de plusieurs milliers d’euros de dommages et intérêts.
Il dit avoir reçu des menaces de mort et avoir été menacé d’incendie pour son écurie. La partie adverse a pourtant interdiction de contact avec lui. Avec son avocate, il a fait appel de la décision. La condamnation n’est donc pas définitive.
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