À l’approche de l’été, des centaines de caravanes s’installent illégalement dans les communes, provoquant tensions et dégradations. Les maires alertent sur les lacunes de la loi et le gouvernement promet des mesures.

Campements improvisés et tensions estivales
Comme l’explique Le Midi libre, avec l’arrivée de l’été, plusieurs maires du Gard, de l’Hérault, des Pyrénées-Orientales et de l’Aude font face à une mobilité accrue des gens du voyage. Depuis début juin, des installations illégales massives sont signalées un peu partout : 300 caravanes à Milhaud, 80 à Aramon, 50 à Toulouges, pour ne citer que quelques exemples.
À Milhaud, commune de 6 100 habitants aux portes de Nîmes, l’installation a été particulièrement violente : portiques sciés, blocs de béton déplacés, et un prétendu refus de dialogue. Le maire Jean‑Luc Descloux déclare :
« Il faut saisir le tribunal en référé, mais la procédure peut durer trois semaines : d’ici là , les caravanes partent, mais laissent des dégâts considérables. »
Dégradations et procédure judiciaire
À Aramon, après 40 000 € investis pour rénover un terrain sportif, 80 caravanes s’installent sans autorisation. Les travaux ont été endommagés, contraignant les élus à lancer des démarches judiciaires, avec un préfet obligé de signer un arrêté de mise en demeure.
À Toulouges (66), le 14 juin, une cinquantaine de caravanes tente de s’installer sur un terrain de rugby. Le maire déplore avoir été bousculé, la voiture de la police soulevée, avant que la préfecture n’intervienne finalement pour évacuer le site vers Villeneuve‑de‑la‑Raho, via un arrêté préfectoral.
Ces interventions sont désormais possibles grâce à l’ouverture de nouvelles aires d’accueil : 15 hectares créés, quatre nouvelles aires, et des dispositifs mobiles déployés sur l’agglomération de Perpignan. Le ministère de l’Intérieur confirme que ces nouvelles structures respectent le schéma départemental, condition indispensable pour permettre des évacuations administratives rapides.
Loi Besson : un cadre légal à bout de souffle
La loi Besson de 1990 obligeait la création de schémas départementaux d’accueil pour les gens du voyage, mais ces derniers restent peu efficaces :
Inapplicabilité dans les petites communes :
seules celles de plus de 5 000 habitants sont concernées. Procédures trop longues : référés judiciaires mettent souvent plusieurs semaines à aboutir, permettant aux installations illégales de s’y établir durablement.
Coûts lourds à la charge des communes : dégradations coûteuses sans compensation apportée ou insuffisante (ex. : Aramon, 40 000 € de dommages pour une subvention de 40 000 €).
Le président de la Métropole de Montpellier, Jean‑Pierre Rico, résume la problématique :
« Personne n’en veut autour de chez soi… Mais on va y arriver » — avec l’ouverture de 180 places à Juvignac.
Vers des solutions concrètes
Face à ces dysfonctionnements, le gouvernement a lancé en mars un groupe de travail, piloté notamment par le ministre délégué François‑Noël Buffet. Objectif : trois mois d’auditions associant élus locaux, associations et représentants des gens du voyage. Le rapport attendu inclut :
Extension des aires d’accueil, y compris des solutions mobiles Simplification des procédures d’évacuation administrative Equilibre entre mobilité des nomades et respect de la tranquillité publique
Dans les Pyrénées-Orientales, cet équilibre commence à se dessiner. Le dispositif mobile de Perpignan, couplé aux nouvelles aires, permet désormais une réponse rapide comme l’a montré l’évacuation de Toulouges.
Témoignages d’élus : sentiment d’impuissance
Le 30 juillet 2023, le maire de Cazouls‑lès‑Béziers, Philippe Vidal, a affronté 350 caravanes sur des terrains de sport – 1 200 personnes. Clôtures détruites, portails coupés, véhicules aux plaques masquées, le tout sous le regard impuissant des gendarmes. Résultat : 150 000 € de dégâts, un maire contraint à porter plainte pour menaces, et seule une subvention départementale de 40 000 € pour compenser.
« J’ai vu l’impuissance de l’État. […] Ils cassent, il faut saisir leurs biens », déclarait‑il.
Il a depuis sollicité la protection fonctionnelle de l’État et participé à un groupe de travail ministériel, avant que les projets politiques ne ralentissent.
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