Un influenceur nationaliste, figure de la sphère identitaire, fait l’objet d’une enquête du parquet de Paris après une vidéo appelant à divulguer les données personnelles de magistrats et à des « représailles » contre eux. La justice examine de possibles infractions pour intimidation de magistrats et doxxing.

Enquête à Paris après des appels à des “représailles” contre des juges
L’influenceur Baptiste Marchais, figure de la mouvance identitaire en ligne, est désormais visé par une enquête ouverte par le parquet de Paris. En cause : des propos tenus le 12 novembre lors d’une émission diffusée en ligne, où il appelle à rendre publiques des informations personnelles de magistrats et évoque des “représailles” à leur encontre, relate BFMTV.
Selon le parquet, ces déclarations sont susceptibles de recevoir une qualification pénale, notamment au titre d’“acte d’intimidation envers un magistrat”, un délit lourdement sanctionné par le code pénal.
Un influenceur d’ultradroite qui cible des magistrats
Baptiste Marchais s’est imposé comme une figure de la sphère identitaire sur les réseaux sociaux, notamment via sa chaîne YouTube suivie par environ 270 000 abonnés. Il s’y met en scène dans des contenus mêlant musculation, consommation de viande et prises de position virulentes contre la gauche et les immigrés.
Dans une séquence repérée par une newsletter spécialisée et visionnée par plusieurs médias, il s’en prend frontalement à des magistrats qu’il estime responsables de décisions trop laxistes. Il dénonce des juges “politiques” qui, selon lui, “ne croient pas aux prisons” et chercheraient à “libérer” des personnes dangereuses, allant jusqu’à les qualifier d’“assassins”.
Des juges d’application des peines explicitement visés
Dans cette vidéo, Baptiste Marchais s’en prend notamment à des juges d’application des peines de Roanne, dans la Loire. Il leur reproche d’avoir permis la remise en liberté d’un homme condamné dans l’affaire du meurtre d’Adrien Perez, poignardé à mort à Grenoble en 2018.
L’influenceur évoque aussi un magistrat présenté comme responsable de la remise en liberté d’un automobiliste mis en cause dans un accident mortel survenu le 1er novembre à Lille, dans lequel le jeune Mathis a perdu la vie. Ces cas sont cités pour illustrer, à ses yeux, une justice jugée trop clémente.
Appel à divulguer des données personnelles
Au-delà des critiques, Baptiste Marchais franchit un cap en appelant explicitement ses abonnés à collecter des informations sur certains magistrats. Il invite en particulier les personnes travaillant dans le milieu juridique – “avocats”, “magistrats” ou autres – à lui transmettre des données permettant d’identifier ces juges.
Il promet ensuite de rendre publics les noms des magistrats visés, estimant “insupportable” que ces derniers n’aient “aucune représaille” à subir. L’objectif affiché est de faire en sorte que “la peur change de camp”. Cette démarche s’apparenterait à une pratique bien identifiée : le “doxxing”, qui consiste à publier des informations personnelles pour exposer quelqu’un à des pressions ou des représailles.
Une pratique de “doxxing” pénalement réprimée
Le “doxxing” est devenu un outil fréquemment utilisé dans certains milieux radicaux. Il s’agit de rendre publiques, souvent sur des réseaux sociaux ou des messageries chiffrées, des données comme le nom, l’adresse ou les coordonnées d’une personne ciblée.
Cette pratique a déjà eu des conséquences concrètes. En novembre 2023, après la mort de Thomas Perotto à Crépol (Drôme), des comptes Telegram proches de la mouvance identitaire avaient diffusé les noms de plusieurs suspects, dont certains mineurs. Des adresses avaient ensuite circulé, jusqu’à provoquer une manifestation menée par des identitaires à Romans-sur-Isère.
Lorsque le “doxxing” vise des personnes dépositaires de l’autorité publique, comme les magistrats, il peut entraîner jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, rappelle le parquet.
Une qualification possible d’“acte d’intimidation envers un magistrat”
Dans le cas de Baptiste Marchais, le parquet de Paris indique avoir pris connaissance d’une vidéo dans laquelle deux youtubeurs appellent à identifier des juges ayant rendu certaines décisions. Les magistrats du parquet et leurs équipes ont procédé à des vérifications en ligne afin de consigner les propos et d’identifier précisément leurs auteurs.
L’enquête vise des faits susceptibles d’être qualifiés d’“acte d’intimidation envers un magistrat”. Ce délit est puni de 10 ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende. Il s’agit d’une infraction spécifiquement destinée à protéger les magistrats face aux pressions, menaces ou tentatives de déstabilisation liées à l’exercice de leurs fonctions.
Des propos comparant la situation à la traque d’anciens nazis
Au cours de la séquence, l’un des interlocuteurs de Baptiste Marchais, présenté comme son acolyte, tient également des propos visant à banaliser l’idée d’une peur durable pesant sur les magistrats. Il évoque les anciens nazis réfugiés en Argentine après la Seconde Guerre mondiale, qui auraient vécu avec la crainte permanente d’être retrouvés.
L’idée défendue est que, contrairement à ces criminels de guerre, les juges français “meurent tranquilles dans leurs lits”. Baptiste Marchais rebondit en insinuant que ces magistrats auraient “le sang de dizaines de personnes sur la conscience”. Des propos qui s’inscrivent dans une rhétorique de délégitimation de l’institution judiciaire.
Le parquet de Paris réagit et ouvre une enquête
Sollicité, le parquet de Paris indique avoir formellement pris connaissance de cette vidéo. Les services du parquet précisent avoir fait procéder aux vérifications nécessaires pour conserver la preuve des propos et identifier les personnes impliquées dans leur diffusion.
L’enquête ouverte vise à déterminer si les déclarations tenues en ligne remplissent les critères de l’“acte d’intimidation envers un magistrat” ou d’autres infractions, comme la participation à des pratiques de “doxxing”. Les investigations devront notamment analyser le contexte, la portée de l’audience et les éventuelles conséquences concrètes de ces appels.
Des précédents judiciaires pour Baptiste Marchais
Ce n’est pas la première fois que Baptiste Marchais est mentionné dans des procédures judiciaires. L’influenceur a déjà été visé par une enquête pour “violences volontaires” à la suite d’un incident survenu en 2021 dans un pub parisien.
Au cours de cette soirée, il est accusé d’avoir porté une gifle à Alice Cordier, figure d’une association féministe identitaire. Cet épisode avait déjà mis en lumière la personnalité de l’influenceur et son implication dans des milieux radicalisés.
Une nouvelle affaire emblématique des pressions sur la justice
Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte où les magistrats dénoncent régulièrement la montée des menaces et des attaques à leur encontre, notamment via les réseaux sociaux. Insultes, intimidations et menaces de mort font désormais partie des risques auxquels la profession est confrontée.
Les propos tenus par des personnalités influentes auprès de publics politisés peuvent accentuer ces tensions. L’enquête visant Baptiste Marchais s’inscrit ainsi dans un enjeu plus large de protection des institutions judiciaires face à des campagnes de dénigrement et de pression en ligne.
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