Incarcéré sous très haute surveillance au QLCO de Vendin-le-Vieil, Stéphane S. a été relaxé par la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Blanchi des accusations de grand banditisme, il réclame désormais une indemnisation record pour ses conditions de détention.

Justice : un « narco » de Vendin-le-Vieil relaxé et bientôt indemnisé
Présenté par l’administration pénitentiaire comme une figure majeure du narcotrafic, Stéphane S. a passé plusieurs mois au sein du très strict Quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Vendin-le-Vieil. Contre toute attente, la justice l’a relaxé le 10 novembre dernier. Son avocat prépare une demande d’indemnisation inédite, relate Le Parisien.
C’est un véritable camouflet pour les services de renseignement pénitentiaire et une victoire éclatante pour la défense. Stéphane S., un Marseillais de 40 ans, a quitté le centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) libre, le jour même de son jugement. Le 10 novembre, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a prononcé sa relaxe totale, estimant que les charges pesant sur lui étaient insuffisantes, malgré des « relations amicales » avérées dans le milieu du banditisme.
Cette décision judiciaire vient clore un chapitre tumultueux pour celui que le ministère de la Justice classait pourtant parmi les « 100 plus grands narcotrafiquants français ».
Un profil jugé « haut du spectre » par l’administration
L’affaire remonte à 2012, lorsqu’un juge marseillais met en examen Stéphane S. pour trafic de stupéfiants, s’appuyant sur un train de vie jugé suspect en Espagne. Libéré sous contrôle judiciaire, l’homme quitte la France en 2013. Jugé en son absence, il écope de neuf ans de prison en 2014.
Sa cavale dure une décennie. Interpellé au Venezuela début 2024, il est extradé vers la France en décembre de la même année. Après un passage à l’isolement à Fresnes, il est transféré à l’été 2025 vers le QLCO de Vendin-le-Vieil, une unité ultra-sécurisée voulue par l’ancien ministre Gérald Darmanin.
Pour justifier ce régime drastique, l’administration pénitentiaire (AP) a dressé un portrait accablant du quadragénaire. Selon les rapports de l’Ofast (Office anti-stupéfiants), il aurait poursuivi ses activités illicites en fuite, voyagé à travers l’Amérique latine et les Émirats, et même eu recours à la chirurgie esthétique pour changer de visage. Des connexions avec des cartels colombiens étaient également évoquées.
La défense démonte le dossier
Ces allégations ont été vigoureusement contestées par son avocat, Me Bruno Rebstock. Dès l’été dernier, le pénaliste dénonçait un dossier vide, qualifiant l’inscription de son client au « Top 10 de l’Ofast » de pure spéculation. Il a fait valoir que Stéphane S. menait une vie rangée au Venezuela, marié et sans casier judiciaire dans son pays de résidence, niant toute chirurgie faciale ou liens avec les cartels.
La cour d’appel a finalement entendu ces arguments, appliquant strictement la présomption d’innocence. « Il faut saluer l’indépendance des juges qui ne se sont pas laissés abuser par le costume de détenu de Vendin que l’on a taillé à mon client », s’est félicité Me Rebstock à la sortie de l’audience.
Vers une indemnisation record ?
Désormais libre et sans aucune autre poursuite à son encontre, Stéphane S. entend obtenir réparation. Son conseil va saisir la Commission nationale de réparation des détentions.
L’enjeu est de taille : c’est la première fois que cette instance devra chiffrer le préjudice moral et physique lié à une incarcération dans les conditions extrêmes du QLCO. « Son indemnisation devra être adaptée au régime extrêmement difficile auquel il a été astreint », prévient Me Rebstock.
Du côté du ministère de la Justice, on maintient que le placement à Vendin-le-Vieil répondait à une nécessité de protection face à la criminalité organisée, une procédure validée par le Conseil d’État. Reste que ce dossier, après d’autres libérations récentes au sein de cette même unité, pourrait relancer le débat sur les critères de sélection des détenus au sein de ces quartiers de haute sécurité.
(Merci Yann Bourguignon)
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Avoir osé incarcérer un petit ange !!!