À Fleury-Mérogis, un agent pénitentiaire est poursuivi pour détournement présumé de cigarettes du magasin central. Procès renvoyé, saisies et préjudice estimé à plus d’1 M€.

Fleury-Mérogis : un agent du magasin central poursuivi pour un détournement présumé au profit d’un trafic de cigarettes
Le procès de trois personnes, poursuivies dans une affaire de revente de cigarettes liée à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), a été renvoyé au tribunal d’Évry-Courcouronnes. L’agent pénitentiaire mis en cause, responsable du magasin central, a demandé un délai pour préparer sa défense et a été placé en détention provisoire. Les estimations de préjudice avancées par l’enquête dépassent le million d’euros sur la période récente, relate Le Parisien.
Un renvoi d’audience et des mesures de sûreté
Présenté en comparution immédiate pour des faits qualifiés de détournement de biens dans un dépôt public, David D., 49 ans, responsable du magasin central de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, devait être jugé vendredi 6 février au tribunal correctionnel d’Évry-Courcouronnes. À sa demande, l’affaire a été renvoyée au 16 avril.
Dans l’attente, le prévenu a été placé en détention provisoire. Deux autres personnes poursuivies dans ce dossier ont comparu à ses côtés, dont sa sœur, Audrey D., 47 ans, directrice du département des finances de l’établissement, ainsi que la compagne de David D., âgée de 37 ans. Ces deux dernières ont été placées sous contrôle judiciaire, selon les éléments communiqués à l’audience.
Le point de départ : des cartouches retrouvées en épicerie
L’enquête s’est accélérée à l’automne 2025 après un contrôle de police dans une épicerie de Savigny-sur-Orge. Les fonctionnaires y découvrent 175 cartouches de cigarettes que le commerce n’est, selon les enquêteurs, pas habilité à revendre.
La valeur de cette marchandise est alors estimée à plus de 23 000 euros. Un autre épisode, survenu en janvier à Vigneux-sur-Seine, conduit aussi à la saisie de 1 450 cartouches, pour une valeur approximative de 145 000 euros.
En cherchant l’origine des cartouches retrouvées à Savigny-sur-Orge, les enquêteurs remontent jusqu’au magasin central de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis.
Le magasin central, un point névralgique des achats en détention
Au sein d’une maison d’arrêt, le magasin central fonctionne comme une boutique interne permettant aux personnes détenues d’acheter des produits du quotidien : alimentation, hygiène, papeterie, parfois des vêtements, et du tabac.
C’est ce circuit qui aurait été détourné, selon les soupçons, pour alimenter une revente illégale à l’extérieur de l’établissement.
Écoutes, train de vie et argent liquide : les éléments examinés
Les services d’enquête mettent en place des investigations, dont des écoutes téléphoniques visant l’agent pénitentiaire et sa compagne. Ils s’intéressent également au mode de vie du couple, parents de quatre enfants, et à des dépenses payées en espèces.
Fin décembre 2025, le couple part en vacances aux Menuires (Savoie). Les enquêteurs évoquent l’achat d’au moins 9 000 euros de matériel de ski, réglé en liquide. Ils relèvent aussi une utilisation limitée des cartes bancaires et l’absence apparente de retraits correspondant aux dépenses du quotidien, selon les constatations versées au dossier.
Lors de perquisitions au domicile du couple, plus de 181 000 euros en petites coupures sont retrouvés et saisis, d’après les éléments communiqués.
Un trafic présumé “structuré” et des rôles distincts
Les investigations décrivent un trafic qui aurait duré au moins trois ans, avec une estimation de préjudice pouvant atteindre environ 700 000 euros par an selon une évaluation citée dans le dossier. Pour la période 2023-2025, le préjudice total estimé avoisinerait 1 150 000 euros.
Un intermédiaire, Guillaume R., est identifié comme un possible relais logistique. Il aurait assuré des livraisons vers l’épicerie et aurait perçu, selon les enquêteurs, 10 euros par cartouche. Toujours selon ces éléments, l’agent pénitentiaire aurait tiré un gain estimé à 75 euros par cartouche.
Cette organisation interroge sur la capacité du trafic à se maintenir sans être détecté plus tôt. La présence, dans l’entourage du prévenu, d’une proche occupant un poste aux finances de l’établissement fait partie des points examinés au cours de l’enquête, sans que cela préjuge, à ce stade, d’une responsabilité pénale.
Gardes à vue, versions divergentes et ligne de défense
Les suspects ont été placés en garde à vue lundi 2 février, puis déférés au parquet d’Évry-Courcouronnes. Les poursuites évoquées varient selon les personnes : détournement de biens dans un dépôt public, recel et blanchiment.
En garde à vue, David D. aurait livré plusieurs versions, avant d’affirmer avoir agi sous la contrainte de menaces visant sa famille, imputées à un homme présenté comme originaire d’Europe de l’Est. Les enquêteurs indiquent ne pas avoir retrouvé la trace de cet individu.
Le prévenu reconnaît toutefois, selon la procédure, des soustractions de tabac depuis fin 2021 : 112 cartons, soit l’équivalent de 2 800 cartouches. Il devra s’expliquer sur ces déclarations lors de l’audience fixée en avril. Il est également mentionné qu’il faisait déjà l’objet d’une procédure disciplinaire interne pour manquement au devoir de probité, dans un autre contexte, lié à de fausses factures.
Audrey D., de son côté, conteste toute participation et met en cause un autre service, selon sa position rapportée dans le dossier.
L’intermédiaire reconnaît des achats, l’épicier sera jugé à part
Guillaume R. reconnaît avoir acheté des cigarettes “au noir” à David D., tout en assurant ne pas connaître leur provenance. Il indique les acheter 75 euros la cartouche et les revendre 85 euros à l’épicerie.
L’intermédiaire doit faire l’objet d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Le propriétaire de l’épicerie concernée, présenté comme acheteur final, doit quant à lui être jugé dans un dossier disjoint.
Saisies patrimoniales et angle financier de l’enquête
Au-delà des saisies de cash, la maison du couple a été saisie, ainsi qu’un avoir immobilier à hauteur de 310 000 euros, selon les éléments communiqués. L’affaire est suivie sous un angle patrimonial, une orientation revendiquée par le parquet dans ce type de dossiers.
Le procureur de la République d’Évry-Courcouronnes, Grégoire Dulin, a par ailleurs salué le travail des enquêteurs, en citant la brigade des stupéfiants de Juvisy.
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