Un détenu de 25 ans a été retrouvé pendu dans sa cellule à la maison d’arrêt de Besançon le 21 avril 2026. Alors que la thèse du suicide est privilégiée, l’établissement croule sous la surpopulation carcérale avec un taux d’occupation de 166%.

Mort d’un détenu à la maison d’arrêt de Besançon : suicide, surpopulation et crise pénitentiaire
Un homme de 25 ans a été retrouvé pendu dans sa cellule à la maison d’arrêt de Besançon dans la nuit du mardi 21 avril. La thèse du suicide est retenue à titre provisoire. Ce fait survient dans un établissement en état de crise avancée, avec un taux d’occupation de 166% et un mouvement social national prévu pour le 27 avril.
Un corps découvert lors de la ronde du soir
C’est lors de leur tournée de surveillance habituelle, vers 22 heures, que des gardiens de la maison d’arrêt de Besançon ont fait la macabre découverte, relate L’Est Républicain. Dans sa cellule individuelle, un homme de 25 ans gisait pendu. Malgré la mobilisation immédiate de la direction de l’établissement, des forces de l’ordre et des équipes du SAMU, les tentatives de réanimation n’ont pas abouti. Le décès a été constaté sur place.
La victime se trouvait en détention provisoire dans l’attente de son jugement par le tribunal correctionnel pour des faits d’extorsion. Quelques heures avant sa mort, il avait été transféré au quartier disciplinaire à la suite de la découverte d’une arme artisanale lors de la promenade du matin, selon la direction interrégionale des services pénitentiaires de Dijon.
L’hypothèse criminelle écartée, une autopsie programmée
Le parquet de permanence a rapidement pris position : « Pour le moment, nous excluons l’homicide. » Les techniciens de l’identification criminelle ont procédé aux relevés habituels. Aucune trace de coups ni signe de lutte n’a été constaté sur le corps. L’enquête a été confiée aux policiers du commissariat de Besançon, et une autopsie sera réalisée dans les prochains jours, conformément à la procédure en vigueur dans ce type de circonstances.
La direction de l’établissement a organisé un débriefing immédiat et reçu individuellement les agents impliqués dans la gestion de l’incident. La psychologue des personnels a été alertée et reste disponible pour accompagner les surveillants concernés.
Un détenu sans antécédent suicidaire connu
Ce qui trouble particulièrement les personnels, c’est l’absence totale de signal d’alarme. Selon l’administration pénitentiaire, le détenu « n’était pas identifié comme suicidaire » et « était en parfaite santé lors de la distribution du repas et de la ronde de 19 heures ». Christophe Vernerey, surveillant et secrétaire régional adjoint du syndicat Ufap-Unsa-Justice, abonde dans ce sens : « Il s’agissait d’un détenu sans problème psychologique connu, sans antécédent particulier. Nous n’avions aucune remontée à ce sujet. Malheureusement, on ne maîtrise pas tout. »
Ce suicide n’est pas isolé. Le 12 mars dernier, un autre détenu avait tenté de mettre fin à ses jours dans le même établissement ; l’intervention rapide des agents avait alors permis d’éviter un décès. Fin 2024-début 2025, trois prisonniers étaient décédés en l’espace d’une semaine : deux d’overdose, un par suicide.
Un phénomène systémique : le suicide, sept fois plus fréquent en prison
Le suicide derrière les barreaux est une réalité documentée en France. L’Observatoire international des prisons recense en moyenne un décès tous les deux à trois jours dans les établissements pénitentiaires français, majoritairement par suicide. En 2022, 125 personnes incarcérées ont mis fin à leurs jours. L’Institut national d’études démographiques rappelle que le taux de suicide est sept fois plus élevé en milieu carcéral qu’en milieu libre.
Une maison d’arrêt en état de saturation critique
Ce nouveau drame intervient dans un contexte de crise profonde à Besançon. Dans un rapport publié fin mars, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) recensait 376 personnes hébergées pour 273 places disponibles fin 2024. La situation s’est depuis aggravée : au 10 avril, 458 détenus étaient présents, dont 12 contraints de dormir sur des matelas posés à même le sol. Le taux d’occupation atteignait alors 166%, bien au-dessus de la moyenne nationale de 137,5% enregistrée au 1ᵉʳ mars. Le CGLPL qualifiait par ailleurs les conditions de détention d’« indignes » et réclamait des travaux en urgence.
Grève nationale le 27 avril : les surveillants à bout
Face à cette situation, le syndicat Ufap-Unsa-Justice, soutenu par la CGT Pénitentiaire et le SPS, a lancé un appel à un mouvement national de blocage des maisons d’arrêt pour le lundi 27 avril. À Besançon, cela se traduira concrètement : « Aucune livraison, aucune activité n’auront lieu », prévient Christophe Vernerey. Les revendications sont claires — pourvoir les 5 000 postes vacants dans l’administration pénitentiaire et obtenir des mesures d’urgence pour endiguer la surpopulation carcérale qui gangrène le système depuis des années.
(Merci Yann Bourguignon)
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