À Nantes, des militants d’Extinction Rebellion et des Soulèvements de la Terre ont dégradé les locaux du constructeur Léon Grosse, désigné maître d’œuvre du futur CRA. Une plainte a été déposée. Le projet de centre de rétention administrative cristallise les tensions politiques et militantes dans la métropole.

Nantes : le constructeur du futur CRA ciblé par des militants, une plainte déposée
Des membres d’Extinction Rebellion et des Soulèvements de la Terre ont recouvert de peinture rouge la façade des locaux nantais de l’entreprise Léon Grosse, récemment désignée maître d’œuvre du futur centre de rétention administrative de Nantes. L’entreprise a déposé plainte. L’affaire prend une tournure politique dans une ville où le projet divise profondément.
Un acte de vandalisme revendiqué
Dimanche, lors d’une journée nationale de mobilisation contre les centres de rétention administrative (CRA), des militants des antennes nantaises d’Extinction Rebellion et des Soulèvements de la Terre ont investi les abords des locaux de l’entreprise Léon Grosse, implantée à Saint-Herblain, à la périphérie de Nantes. Ils ont déversé de la peinture rouge sur la façade du bâtiment et déployé une banderole dénonçant un « business crade », relate Le Figaro.
L’action a été aussitôt revendiquée. Dans un communiqué publié le lendemain, les deux organisations ont exigé que Léon Grosse se retire du projet, qualifiant les CRA de lieux « racistes » portant « largement atteinte à la dignité humaine ». Elles ont averti que la mobilisation locale s’intensifierait jusqu’à l’abandon définitif du chantier.
Une entreprise qui défend sa légitimité
Interrogé par Le Figaro, le service presse de Léon Grosse a confirmé avoir déposé plainte à la suite de ces dégradations. Le groupe rappelle qu’il est intervenu dans le cadre d’une procédure d’appel d’offres régulière, conduite par les services de l’État, et que sa mission relève de son activité habituelle de construction de bâtiments publics. L’entreprise n’a pas commenté les pressions exercées par les militants pour qu’elle renonce au marché.
Un projet contesté depuis sa genèse
Le futur CRA de Nantes est annoncé depuis 2022. Il doit combler un vide de plus de quinze ans : la métropole ne dispose plus d’aucune structure de ce type, pourtant indispensable au maintien en rétention des étrangers visés par une mesure d’éloignement du territoire. Depuis l’annonce du projet, les oppositions se sont multipliées, bien au-delà des cercles militants.
La Ville de Nantes elle-même a émis un avis défavorable lorsqu’elle a été consultée dans le cadre de la procédure de qualification en projet d’intérêt général. La première adjointe Mahaut Bertu a rappelé en conseil municipal que la municipalité ne dispose d’aucun levier juridique pour bloquer le projet, tout en soulignant que la ville avait « clairement exprimé un avis défavorable ». La maire socialiste Johanna Rolland avait quant à elle déclaré, à titre personnel, son « opposition de principe aux CRA » à l’été 2025 — alors même qu’elle avait cosigné, trois ans et demi plus tôt, un communiqué commun avec le ministère de l’Intérieur pour annoncer le projet.
Des tensions politiques exacerbées
Cette séquence n’a pas manqué d’alimenter les critiques dans l’opposition municipale. Foulques Chombart de Lauwe, conseiller municipal LR, a jugé « scandaleux » que l’entreprise subisse des dégradations pour avoir simplement répondu à un marché public légal. Il a appelé la maire à condamner publiquement les actes de vandalisme, dénonçant une forme de complaisance envers les alliés écologistes et insoumis de la majorité.
De leur côté, Extinction Rebellion et les Soulèvements de la Terre ont mis en demeure Johanna Rolland d’utiliser les « leviers juridiques » à sa disposition pour obtenir l’abandon du projet, évoquant notamment sa localisation en zone humide. La ville n’a pas répondu aux sollicitations à ce sujet.
Une consultation publique en cours
Le dossier suit parallèlement son cours administratif. Une première consultation publique, organisée par la préfecture de Loire-Atlantique entre décembre et janvier, portait sur la qualification du projet en intérêt général. Ce jeudi, une nouvelle consultation en ligne s’ouvre, préalable à l’obtention de l’autorisation environnementale nécessaire à la création du centre. L’issue de cette procédure sera déterminante pour la suite du projet.
(Merci Yann Bourguignon)
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