AdBlue et normes européennes : les pompiers dénoncent des contraintes qui freinent leur lutte contre les incendies en France. Décryptage.

AdBlue : pourquoi ce système anti-pollution inquiète les pompiers en pleine lutte contre les incendies
Alors que plusieurs départements français, dont la Gironde, font face à d’importants feux de forêt, les sapeurs-pompiers pointent du doigt certaines normes européennes qui, selon eux, compliquent leurs interventions. Au cœur des critiques : l’AdBlue, un dispositif anti-pollution obligatoire sur les véhicules diesel.
Qu’est-ce que l’AdBlue ?
L’AdBlue est un liquide composé d’urée et d’eau déminéralisée, stocké dans un réservoir séparé de celui du carburant. Son rôle : déclencher une réaction chimique qui transforme une partie des gaz polluants émis par le moteur en azote et vapeur d’eau, des substances beaucoup moins nocives pour l’environnement.
Ce système équipe aujourd’hui la quasi-totalité des véhicules diesel afin de répondre aux exigences européennes en matière d’émissions d’oxyde d’azote. Une obligation qui touche également les véhicules d’incendie et de secours.
Un dispositif jugé inadapté aux véhicules de pompiers
Le problème soulevé par les sapeurs-pompiers ne concerne pas l’efficacité environnementale de l’AdBlue, mais son fonctionnement dans un contexte d’urgence, rapporte BFMTV. Lorsque le réservoir est vide ou qu’une panne est détectée, le véhicule peut perdre en puissance, voire refuser de redémarrer après un arrêt.
Concrètement, cela oblige parfois les équipes à quitter le front d’un incendie pour aller refaire le plein d’AdBlue, réduisant temporairement les moyens engagés sur le terrain.
Raphaël Thillaye du Boullay, lieutenant-colonel et membre du comité fédéral de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, explique que ce système a été conçu pour des véhicules parcourant de longues distances. Or, les camions de pompiers roulent en moyenne entre 3 000 et 4 000 kilomètres par an, un usage très différent de celui des poids lourds industriels qui cumulent plusieurs centaines de milliers de kilomètres.
Une interpellation politique restée sans réponse concrète
À la mi-juillet, la députée de Gironde Pascale Got avait interrogé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez lors d’une séance de questions au gouvernement. Elle avait alerté sur les “difficultés croissantes” rencontrées par les pompiers en raison du fonctionnement de l’AdBlue.
La députée demandait au gouvernement d’engager des discussions avec les autorités européennes afin d’obtenir une dérogation spécifique pour les véhicules d’incendie et de secours, ou à défaut, la mise en place d’aménagements techniques adaptés.
D’autres normes européennes dans le viseur des pompiers
Au-delà de l’AdBlue, les sapeurs-pompiers souhaitent bénéficier d’exonérations similaires à celles déjà accordées aux véhicules militaires pour d’autres réglementations. Le règlement GSR2, qui impose depuis 2024 de nouveaux équipements de sécurité sur les véhicules neufs, fait également partie des préoccupations.
Le lieutenant-colonel Thillaye du Boullay cite notamment le système d’évitement de collision piéton. Lorsque les véhicules interviennent en forêt ou dans le maquis, ce dispositif ne parvient pas toujours à distinguer un arbre d’un piéton, ce qui provoque un arrêt automatique du véhicule.
Ce phénomène peut se produire à l’avant comme à l’arrière du véhicule, ce qui, selon lui, peut retarder l’évacuation rapide des équipes sur les lieux d’un incendie et compromettre leur sécurité.
(Merci Rudy van Cappellen)
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