Gérald Darmanin annonce la fermeture des Centres éducatifs fermés (CEF) publics, jugés coûteux et inefficaces. Découvrez le plan de transformation en « foyers renforcés » et la nouvelle stratégie de contrôles judiciaires pour les mineurs délinquants.

Fin des Centres éducatifs fermés : Gérald Darmanin engage une réforme majeure de la justice des mineurs
Le ministre de la Justice a officialisé ce mercredi une transformation radicale des structures d’accueil pour mineurs délinquants. Pointant du doigt l’inefficacité des Centres éducatifs fermés (CEF) publics, le Garde des Sceaux souhaite les remplacer par des dispositifs plus stricts et économiquement plus viables, relate Le Figaro.
C’est un constat d’échec sans appel que Gérald Darmanin a dressé ce mercredi matin face aux professionnels de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et aux juges pour enfants. Selon le ministre, les Centres éducatifs fermés, créés pour offrir une alternative à l’incarcération, n’ont pas rempli leur mission. « Ils ne sont ni fermés ni éducatifs », a-t-il tranché, annonçant la fin de ce modèle dans le secteur public.
Cette décision entraîne la transformation immédiate des 19 CEF publics existants en « foyers renforcés ». Par ailleurs, les huit établissements actuellement en construction, initialement prévus par la loi, changeront eux aussi de vocation pour devenir des « unités judiciaires à priorité éducative ». Une exception demeure pour les 39 centres gérés par le secteur associatif : ils sont maintenus provisoirement, le temps d’évaluer leur pertinence jusqu’à la fin de leurs contrats actuels.
Un bilan accablant : fugues et coût exorbitant
La décision ministérielle s’appuie sur une série de dysfonctionnements structurels. Censés être plus sécurisés que les foyers traditionnels, les CEF affichent pourtant des taux de fugue similaires, oscillant entre 15 et 20%. Plus inquiétant pour la Chancellerie, aucune étude d’impact sérieuse n’a jamais confirmé leur efficacité sur la prévention de la récidive.
Le volet éducatif est également pointé du doigt. Avec seulement huit heures d’enseignement hebdomadaire, le suivi scolaire est jugé « epsilonesque ». Ce faible rendement pédagogique contraste avec un coût de fonctionnement très élevé : un mineur en CEF coûte environ 600 euros par jour à l’État, soit 25% de plus qu’en foyer classique (400 euros). Sur une durée moyenne de placement de six mois, la facture s’élève à 100 000 euros par jeune.
La réforme prévoit un redéploiement de la centaine d’agents concernés vers les nouvelles unités. L’embauche de 40 professeurs techniques est également programmée pour assurer un encadrement quotidien des mineurs assignés à résidence. Cette réorganisation devrait permettre une économie d’une centaine d’euros par jour et par mineur.
Vers une systématisation du contrôle judiciaire
Au-delà de la fermeture des structures, Gérald Darmanin entend durcir la réponse pénale en amont. Le ministre s’apprête à publier une circulaire incitant les parquets à requérir systématiquement des contrôles judiciaires, une mesure aujourd’hui peu utilisée (6 500 prononcés pour 40 000 mesures éducatives annuelles).
L’objectif est clair : lutter contre le sentiment d’impunité. Le ministre rappelle que le non-respect des obligations du contrôle judiciaire (scolarité, interdictions de paraître ou de contact) doit conduire à la détention provisoire. Cette approche fait écho à des drames récents, comme l’affaire Elias, où l’absence de cadre coercitif avait été pointée par l’Inspection générale de la justice. « Dans éduquer, il y a aussi sanctionner », martèle le ministre, bien que la décision finale reste toujours à la discrétion souveraine des juges pour enfants.
Des foyers spécialisés par profils
Cette réforme, soutenue par Thomas Lesueur, nouveau directeur de la PJJ, s’accompagne d’une volonté de spécialiser les lieux de placement. Plutôt que de classer les établissements selon la dangerosité des jeunes, l’administration souhaite désormais travailler sur la typologie des parcours.
Des unités spécifiques pourraient ainsi être dédiées aux mineurs impliqués dans le narcotrafic, la radicalisation ou la prostitution. En parallèle, d’autres structures mettront l’accent sur l’insertion professionnelle, ciblant des métiers spécifiques, le sport ou les carrières militaires. Environ 200 mineurs, actuellement placés en CEF, seront réorientés vers ces nouveaux dispositifs dans les mois à venir.
(Merci Fabrice Guérault)
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