Incarcéré depuis 2015 à Val-de-Reuil, un homme aurait escroqué près de 1 700 victimes partout en France à l’aide d’un téléphone illicite. Menaces, sociétés-écrans, interdiction de gérer bafouée : une affaire qui révèle les failles béantes du système pénitentiaire français.

Incarcéré depuis dix ans, il aurait escroqué 1 700 personnes depuis sa cellule
Un individu détenu en Normandie depuis 2015 est soupçonné d’avoir orchestré, depuis sa prison, un vaste réseau d’arnaques touchant près de 1 700 victimes à travers toute la France. Révélée début mars par un reportage télévisé, l’affaire met en lumière les défaillances criantes d’un système carcéral incapable d’empêcher un détenu de poursuivre ses activités frauduleuses, en toute impunité, derrière les barreaux.
Un réseau d’escroqueries monté depuis la prison
C’est un reportage diffusé le 6 mars sur M6, dans l’émission consacrée aux arnaques, qui a mis le feu aux poudres, relate La Voix du Nord. L’enquête révèle qu’un homme incarcéré à l’établissement pénitentiaire de Val-de-Reuil, dans l’Eure, aurait profité de sa détention pour monter plusieurs sociétés et multiplier les escroqueries à l’encontre de particuliers et de professionnels. Parmi ses outils présumés : un téléphone portable obtenu de manière illicite, en violation flagrante des règles pénitentiaires.
Le mis en cause serait derrière les barreaux depuis 2015. En dépit d’une interdiction judiciaire de gérer toute entreprise, il aurait néanmoins créé des structures commerciales, dont une société basée à Escaudain, dans le Nord, spécialisée dans la sonorisation. Le nombre de victimes présumées avoisinerait aujourd’hui les 1 700, réparties sur l’ensemble du territoire national, pour un préjudice global estimé à environ 1,7 million d’euros.
Des victimes du Valenciennois au cœur du scandale
Dans le Nord, plusieurs habitants ont été directement touchés. À Mastaing, un mécanicien exploitait en parallèle une activité de location de véhicules. En novembre 2023, il aurait loué deux utilitaires au mis en cause, dans le cadre de la société d’Escaudain. Les véhicules n’ont jamais été restitués dans les délais, et la location n’a jamais été réglée. Quand il a voulu récupérer ses biens, l’artisan a essuyé insultes, menaces et a même dû déjouer ce qu’il décrit comme un guet-apens. Son préjudice s’élèverait à environ 8 000 euros.
À Somain, une habitante s’est retrouvée mêlée à l’affaire en se rendant dans un point relais géré à distance par le suspect, pour expédier un colis. Quand celui-ci n’est jamais parvenu à destination, son mari s’est rendu sur place pour obtenir des explications. Il a été accueilli par un interlocuteur tenant son téléphone en hautparleur, au bout duquel se trouvait le détenu lui-même, particulièrement agressif. Après que la jeune femme a laissé un avis négatif sur Internet, elle a reçu une avalanche d’appels et de messages menaçants destinés à la contraindre d’effacer son commentaire.
À Bouchain, un couple a vécu une expérience similaire à l’été 2025. Contraint de louer un véhicule de remplacement pendant ses vacances, il a versé une caution de 1 200 euros pour un utilitaire présenté en mauvais état. De retour de vacances, les deux locataires ont signalé les défauts du véhicule. En guise de réponse, le suspect les aurait contactés pour tenter de les intimider, menaçant notamment de prévenir leurs employeurs afin de leur faire perdre leur emploi.
Un collectif de victimes face à l’inertie judiciaire
Depuis trois ans, Camille Germain, technicien lumière et vidéaste domicilié à Cambrai, mène un travail de fourmi pour fédérer les victimes du suspect. Lui-même touché dans le cadre professionnel, il a créé un groupe sur les réseaux sociaux afin de centraliser témoignages et preuves. La diffusion du reportage télévisé a provoqué un afflux massif de nouveaux membres, avec plusieurs centaines de victimes potentielles supplémentaires en quelques jours.
Mais la mobilisation se heurte à une réalité décourageante. Selon Camille Germain, entre 70 et 80% des victimes renoncent à porter plainte, par peur des représailles. Certaines préfèrent absorber des pertes parfois considérables plutôt que de s’exposer aux menaces du mis en cause. « Cela fait trois ans que nous alertons, que nous orientons les victimes vers la justice ou les prud’hommes. Mais rien ne se passe », déplore-t-il, pointant une inertie judiciaire qu’il juge inacceptable.
Le système pénitentiaire en question
L’affaire soulève une interrogation fondamentale sur le contrôle exercé au sein des établissements pénitentiaires. Comment un individu sous le coup d’une interdiction de gérer peut-il créer des sociétés, utiliser un téléphone non déclaré et maintenir des relations commerciales avec l’extérieur pendant plus d’une décennie sans être inquiété ?
Pour les victimes, la réponse est sans appel : l’État a failli. Elles estiment que les autorités, au courant depuis longtemps des agissements du détenu, n’ont pas pris les mesures nécessaires pour y mettre fin. Le mécanicien de Mastaing, lui, appelle à une évolution législative : il estime qu’un détenu condamné pour des faits frauduleux ne devrait, en aucun cas, pouvoir accéder à un téléphone portable. Le couple de Bouchain pose, quant à lui, une question qui résume le sentiment général : si des condamnés peuvent agir en toute impunité depuis leur cellule, que signifie encore la justice ?
(Merci Rudy van Cappellen)
En savoir plus sur Police & Réalités
Subscribe to get the latest posts sent to your email.







la justice est belle de laisser ce genre d’individu faire ça, regarder pour Sarkozy pas le mĂŞme traitement lui qui n’a rien fait, Darmanin bouge