Condamnée à 4 ans de prison à Douai, une femme a ébouillanté son mari en 2021. Un dossier explosif mêlant violences conjugales et troubles psychiatriques.

Douai : condamnée pour avoir versé de l’eau bouillante sur son mari, un dossier aux multiples zones d’ombre
Une femme de 36 ans a été reconnue coupable de brûlures volontaires sur son conjoint par le tribunal correctionnel de Douai. Derrière ce fait divers brutal se cachent des années de violences au sein du couple et un profil psychiatrique complexe.
Une nuit de septembre 2021, un homme héliporté en urgence
Dans la nuit du 28 au 29 septembre 2021, les habitants de la résidence Gayant, à Douai, sont réveillés par des hurlements, relate La Voix du Nord. Aux alentours de 0 h 20, un homme se précipite hors de son appartement et frappe à la porte de ses voisins. Son vêtement en nylon est fondu sur sa peau. Garba Alhadji vient de recevoir trois litres d’eau bouillante sur le bas du corps et les jambes.
Les secours interviennent rapidement. Compte tenu de la gravité des brûlures et d’un pronostic vital engagé, la victime est héliportée vers un service spécialisé dans le traitement des grands brûlés à Bruxelles, où elle restera hospitalisée près de deux mois.
Une mise en cause immédiate, des aveux aussitôt rétractés
Les soupçons se portent sans délai sur Hadjia H., l’épouse de la victime. Lors de ses premières heures de garde à vue, la prévenue reconnaît avoir délibérément aspergé son mari d’eau bouillante alors qu’il dormait. Mais elle revient sur ses déclarations devant la juge d’instruction, invoquant cette fois un accident survenu lors d’un massage aux serviettes chaudes.
Cette version des faits ne convainc pas les enquêteurs ni, finalement, les magistrats. La procureure Marie Prunier est catégorique : aucune légitime défense n’est démontrée, et les faits présentent un caractère prémédité.
Un couple arrivé du Niger, une relation marquée par les violences
Le dossier révèle un contexte conjugal détérioré bien avant la nuit du drame. Arrivés du Niger en mai 2019, Hadjia H. et Garba Alhadji entretiennent depuis plusieurs années une relation émaillée de conflits. Une plainte pour violences conjugales avait été déposée par la femme en 2019, sans suites judiciaires pour son mari. Dans les jours précédant l’agression, les disputes s’étaient intensifiées et Hadjia H. portait des traces de blessures au visage.
La défense s’appuie sur ce contexte pour plaider en faveur de sa cliente. « Si Monsieur avait été poursuivi pour les violences conjugales en 2019, quand Madame a déposé plainte contre lui, on n’en serait pas là aujourd’hui », soutient Me Marie Cuisinier. Garba Alhadji conteste de son côté avoir jamais frappé son épouse.
Un profil psychiatrique au cœur des débats
L’élément le plus complexe du dossier reste l’état mental de la prévenue. Trois expertises psychiatriques ont été diligentées, aboutissant à des conclusions divergentes : le premier expert a conclu à une abolition totale du discernement au moment des faits, conduisant à une hospitalisation sous contrainte ; les deux suivants ont retenu une simple altération du discernement.
Me Cuisinier avait plaidé pour une relaxe sur la base de l’abolition totale. « Quand on ajoute ce contexte de violences aux troubles psychiatriques, ça devient un cocktail explosif », résume-t-elle. Le tribunal n’a pas suivi cette ligne de défense.
Le verdict : quatre ans de prison, dont deux avec sursis
Retenant l’altération — et non l’abolition — du discernement, le tribunal correctionnel de Douai a déclaré Hadjia H. coupable de violences volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours. La peine prononcée est de quatre ans d’emprisonnement, dont deux ans avec sursis simple. La prévenue avait déjà purgé trente mois de détention provisoire, de la mise en examen jusqu’en février 2024.
À la barre, Hadjia H. a reconnu les faits tout en maintenant avoir été victime de violences répétées. Une affirmation qui illustre, une fois de plus, la difficulté pour la justice de démêler les rôles de victime et d’auteur au sein de certaines relations conjugales.
(Merci Rudy van Cappellen)
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