Deux croix érigées sans autorisation sur des terrains publics à Comps (Gard) relancent le débat sur la laïcité. Le Département annonce le retrait de celle installée sur son terrain. Retour sur une affaire qui divise.

Gard : le Département annonce le retrait d’une croix érigée illégalement sur ses terres à Comps
À Comps, dans le Gard, deux croix ont été implantées sans autorisation en quelques semaines sur des terrains appartenant à des collectivités publiques. Ce qui aurait pu rester un fait local anodin est devenu une affaire nationale : la loi de 1905 sur la laïcité est invoquée, la justice va être saisie, des menaces de mort ont été proférées, et un risque d’incendie par foudre est officiellement signalé.
Deux croix, deux parcelles publiques
La première croix, en métal, a été solidement ancrée dans la roche au sommet du pic de l’Aiguille sur le territoire de Comps. Quelques jours plus tard, une seconde croix, en bois cette fois, est apparue à proximité du rond-point jouxtant le pont de Vallabrègues. Les deux installations ont été réalisées sans autorisation et sans concertation avec les propriétaires des terrains concernés.
C’est la consultation du plan cadastral par le maire de Comps, Alain Laget, qui a permis d’identifier les propriétaires réels : la croix métallique repose sur une parcelle appartenant à la Ville de Beaucaire, la croix en bois sur un terrain du Département du Gard. Les deux collectivités ont été officiellement saisies par courrier, avec une demande explicite : appliquer la loi, relate Objectif Gard.
La loi de 1905 au cœur du litige
L’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l’État interdit formellement l’érection de tout signe ou emblème religieux sur les emplacements publics, en dehors des cas strictement prévus — édifices cultuels, cimetières, monuments funéraires, musées. C’est sur ce fondement que l’association citoyenne antiraciste et antifasciste de Beaucaire (Acaab) a dénoncé publiquement les deux installations, les qualifiant d’actes illégaux et d’atteinte à la laïcité.
La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) a adressé un courrier au préfet du Gard. Resté sans réponse, ce courrier va conduire l’association à saisir la justice. La Libre Pensée du Gard s’est associée à cette démarche, dénonçant une appropriation de l’espace public. La présidente de l’Acaab, Laure Cordelet, qui a porté ces critiques sur les réseaux sociaux, est depuis la cible de menaces de mort répétées.
Le Département du Gard tranche : retrait annoncé
Informé le 2 juin dernier par la commune de Comps, le Département du Gard a réagi officiellement. Dans un communiqué transmis à la presse, la collectivité affirme n’avoir reçu “aucune information préalable ni sollicitation” avant l’installation de la croix en surplomb de la RD986L. Se fondant explicitement sur la loi de 1905, elle indique ne pouvoir “accepter la présence d’un symbole religieux sur un terrain lui appartenant, hors des cas strictement prévus par la loi” et annonce engager “les démarches nécessaires afin de faire procéder au retrait de cette installation dans les meilleurs délais”.
Du côté de la Ville de Beaucaire, le maire RN Nelson Chaudon a adopté une posture radicalement différente. Interrogé sur le sujet, il a répondu avec ironie, qualifiant la polémique d’exagérée, affirmant trouver la croix “particulièrement belle” et raillant ce qu’il perçoit comme une sensibilité excessive à l’égard des symboles catholiques. Aucune mesure de retrait n’a été annoncée de sa part.
Un risque d’incendie officiellement signalé
Au-delà du débat juridique, la Société d’histoire et d’archéologie de Beaucaire (Shab) alerte sur un danger concret. Son président, Jean Roche, rappelle que la croix métallique se trouve dans le périmètre de protection de l’abbaye troglodytique Saint-Roman — monument classé — soit dans un rayon de cinq cents mètres autour du site, qui englobe le pic de l’Aiguille. Selon lui, aucune croix n’avait jamais été érigée à cet endroit : seul un signal géodésique en bois y avait existé jadis, et il était régulièrement foudroyé.
Depuis la construction du barrage de Vallabrègues à la fin des années 1960, la végétation du secteur s’est considérablement densifiée, augmentant le risque d’incendie. Une structure métallique, conductrice de foudre, implantée sur un pic de plus en plus fréquenté par les randonneurs, constitue selon la Shab un danger sérieux et démultiplié par rapport aux installations passées. L’association a saisi l’Unité Départementale de l’Architecture et du Patrimoine du Gard (Udap 30).
Pétition citoyenne et tensions persistantes
Face à la mobilisation des associations laïques, des habitants de Comps ont organisé une riposte. Une pétition publiée sur Change.org, lancée par une habitante souhaitant rester anonyme — elle dit être elle-même visée par des attaques — a recueilli plus de 300 signatures. Elle y défend la croix métallique comme une œuvre s’inscrivant dans la tradition catholique et dans l’identité patrimoniale du lieu, en lien avec la présence de l’abbaye Saint-Roman toute proche.
Son initiatrice récuse toute affiliation politique et affirme mener une “démarche strictement citoyenne”, visant à préserver des repères visuels historiques dans les paysages locaux. Elle conteste la lecture des associations laïques, qu’elle accuse de transformer un geste patrimonial en combat idéologique. La tension est telle qu’une réunion publique a été organisée le 9 juin au soir sur la place du village, à l’initiative d’habitants souhaitant débattre collectivement de la situation.
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