Un pilote d’Air Canada a volé 17 ans sans licence valide, sur 900 vols et 3 M$ de salaire. Une fraude révélée par Transport Canada en janvier.

Un pilote d’Air Canada vole 17 ans sans licence : la fraude qui ébranle l’aviation commerciale
Durant près de 17 ans, un commandant de bord d’Air Canada a effectué quelque 900 vols commerciaux sans posséder la licence réglementaire requise. Grâce à des documents falsifiés, il a touché près de 3 millions de dollars canadiens avant d’être démasqué par les autorités fédérales. L’affaire, digne d’un scénario hollywoodien, sera jugée le 29 juin prochain.
Un copilote propulsé commandant de bord sur la foi d’un faux document
Geoffrey Wall intègre Air Canada en 1998 en qualité de copilote. Onze ans plus tard, en 2009, il franchit un cap décisif : il est promu commandant de bord. Pour décrocher ce grade, il remet à son employeur un document falsifié tenant lieu de licence de pilote de ligne — l’ATPL-A (Airline Transport Pilot Licence), indispensable pour commander un aéronef sur des vols commerciaux au Canada.
Si Wall disposait bien d’un brevet de pilote, celui-ci ne lui conférait pas les droits nécessaires pour occuper le poste de commandant de bord sur des liaisons nationales et internationales. Air Canada a depuis confirmé officiellement qu’il avait été promu « sans posséder la licence de pilote de ligne requise », relate Brut.
900 vols, des Boeing long-courriers et 3 millions de dollars
Pendant près de deux décennies, le pilote fraudeur a manœuvré aux commandes de certains des appareils les plus imposants de la flotte mondiale : Boeing 767, 777 et 787. Ces avions long-courriers desservent régulièrement des destinations internationales, transportant des centaines de passagers par rotation.
Au fil de ses quelque 900 vols, Wall a perçu un salaire cumulé avoisinant les 3 millions de dollars canadiens, soit près de 2 millions d’euros. Une rémunération bâtie intégralement sur une usurpation de qualifications, selon les enquêteurs.
« C’est un peu comme si un praticien diplômé en médecine générale exerçait en tant que neurochirurgien dans son cabinet », a résumé Nick Milinovich, chef adjoint au service de la police régionale de Peel, pour illustrer la gravité des faits.
L’enquête de Transport Canada met fin à la supercherie
C’est Transport Canada — le ministère fédéral chargé de la réglementation aéronautique — qui a éventé la fraude lors de contrôles de routine engagés en janvier. L’organisme a transmis ses conclusions aux forces de l’ordre, déclenchant l’ouverture d’une enquête pénale.
À la suite de ces révélations, Air Canada a immédiatement suspendu le pilote. La compagnie a précisé dans un communiqué officiel qu’il avait été « relevé de ses fonctions » et qu’il « ne travaille plus » pour elle. Elle a par ailleurs annoncé avoir « renforcé les procédures administratives de vérification physique des licences », incluant désormais un contrôle systématique des documents originaux délivrés par Transport Canada.
Des charges pénales multiples, un jugement attendu le 29 juin
Les autorités ont retenu plusieurs chefs d’inculpation à l’encontre de Geoffrey Wall : fraude de plus de 5 000 dollars, utilisation de faux documents, possession d’une marque contrefaite et méfait public. Le prévenu doit comparaître devant la justice le 29 juin prochain. La réquisition du parquet n’a pas encore été rendue publique.
Cette affaire soulève des questions profondes sur les mécanismes de contrôle des qualifications dans le secteur aérien, et sur la capacité des compagnies à détecter de telles falsifications sur le long terme.
(Merci Rudy van Cappellen)
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