Condamné à 3 ans de prison pour avoir convoyé 375 kg de cannabis, un homme a fui le tribunal de Montauban avant le délibéré. Un mandat d’arrêt a été décerné.

Montauban : condamné à trois ans de prison pour trafic de cannabis, il disparaît du tribunal avant le délibéré
Le 16 juin 2026, au tribunal correctionnel de Montauban, un prévenu de 28 ans a profité d’un vide juridique pour quitter le palais de justice avant que les juges ne reviennent prononcer sa peine. Condamné par contumace à trois ans d’emprisonnement ferme et 60 000 euros d’amende douanière pour avoir convoyé près d’une tonne de résine de cannabis entre l’Espagne et la France, il fait désormais l’objet d’un mandat d’arrêt.
Une disparition calculée au cœur du palais de justice
Ce mardi matin, tout semblait se dérouler normalement au tribunal correctionnel de Montauban, relate La Dépêche. Nabil A., 28 ans, avait assisté à l’intégralité des débats : il avait écouté les réquisitions du parquet, supporté les plaidoiries, répondu aux questions de la présidente. Une escorte de police était positionnée dans le couloir, prête à le conduire en maison d’arrêt à l’issue de l’audience. Elle est repartie les mains vides.
Le prévenu, qui comparaissait libre sous contrôle judiciaire, avait tout simplement quitté les lieux avant que la chambre ne rende son jugement. Légalement, rien dans les textes n’interdit à un prévenu comparaissant en liberté de partir avant le délibéré — une lacune que Nabil A. avait manifestement identifiée et exploitée avec sang-froid. Le tribunal a prononcé sa condamnation en son absence, puis décerné immédiatement un mandat d’arrêt.
Près d’une tonne de cannabis en trois mois sur l’A62
L’affaire remonte au 14 janvier 2022. Ce jour-là, les agents des douanes interceptent un véhicule au péage de Bressols, sur l’autoroute A62, après un signalement. La fouille révèle dix sacs de type « valises marocaines » contenant 375 kilogrammes de résine de cannabis, des plaques d’immatriculation espagnoles falsifiées, plusieurs téléphones et 360 euros en espèces. La valeur marchande de la marchandise est estimée par le tribunal à plus de 750 000 euros.
L’instruction judiciaire qui suit va dépasser ce seul convoyage. L’analyse de la géolocalisation du téléphone du mis en cause met en évidence quatre allers-retours entre l’Espagne et la France entre novembre 2021 et janvier 2022, selon le schéma opérationnel dit du « go-fast ». La quantité totale estimée sur l’ensemble des trajets avoisine une tonne de stupéfiants.
À la barre, une stratégie de déni partiel
Lors des débats, Nabil A. a reconnu le transport des 375 kilogrammes saisis, tout en minimisant sa responsabilité dans les autres trajets, se présentant tantôt comme simple « ouvreuse », tantôt comme ignorant les volumes transportés. Confronté aux relevés téléphoniques par la présidente Aude Sallafranque, il s’est retranché derrière des réponses évasives.
Sur ses motivations, il a évoqué des dettes contractées à cause des jeux de hasard, entre 4 000 et 7 500 euros selon ses déclarations. La présidente a souligné la disproportion flagrante entre le montant allégué des dettes et la valeur réelle des stupéfiants convoyés, estimée à plus d’un million d’euros. La juge assesseure Florence Privat a pour sa part relevé qu’effectuer quatre trajets en moins de trois mois impliquait une organisation logistique solide et une confiance certaine de la part des commanditaires.
Un récidiviste sous le coup de réquisitions sévères
Le casier judiciaire de Nabil A. comptait déjà huit condamnations, dont une prononcée en 2017 pour des faits identiques de trafic de stupéfiants. Sa situation de récidive légale lui faisait théoriquement encourir jusqu’à vingt ans d’emprisonnement. La juriste des douanes avait réclamé une amende douanière de 1,125 million d’euros ; le Parquet avait requis quatre ans d’emprisonnement dont douze mois avec sursis probatoire, assortis d’un placement immédiat en détention.
La défense, assurée par Maître Delacroix, avait plaidé contre le placement en détention — son client étant libre depuis quarante-deux mois sans incident — et dénoncé le caractère inapplicable d’une amende d’un million d’euros, évoquant une « perpétuité financière » vouée à rester symbolique.
Trois ans ferme, 60 000 euros d’amende et une cellule vide
Le tribunal correctionnel n’a pas suivi les réquisitions dans leur intégralité : il a prononcé une peine de trois ans d’emprisonnement ferme et une amende douanière de 60 000 euros. Mais au moment où les magistrats regagnaient la salle d’audience pour lire le délibéré, le banc des prévenus était vide. Le mandat d’arrêt décerné dans la foulée court désormais contre Nabil A., dont la fuite illustre une faille procédurale que le législateur pourrait être amené à combler.
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