En 2025, la durée moyenne en centre de rétention dépasse 33 jours, mais le taux d’expulsions recule à 36%. Les chiffres qui interrogent la politique migratoire française.

Centres de rétention : plus longtemps enfermés, mais de moins en moins expulsés
En 2025, la durée moyenne de rétention administrative des étrangers en situation irrégulière a franchi le cap des 33 jours en France, soit le double d’il y a cinq ans. Pourtant, le taux d’expulsions effectivement réalisées continue de reculer. Un paradoxe documenté par les principales associations présentes dans les centres de rétention administrative.
Une rétention en forte hausse, des expulsions en recul
L’année 2025 a vu 16 467 personnes placées dans l’un des 22 centres de rétention administrative (CRA) de l’Hexagone, soit une légère progression par rapport aux 16 228 placements enregistrés en 2024. Mais c’est la durée d’enfermement qui retient l’attention : elle dépasse désormais 33 jours en moyenne, contre environ 17 jours cinq ans plus tôt. Un doublement qui traduit un durcissement assumé de la politique migratoire, sans pour autant produire les résultats espérés.
C’est le constat formulé dans le bilan annuel publié conjointement par Forum réfugiés, France terre d’asile, le Groupe SOS Solidarités, la Cimade et Solidarité Mayotte — cinq associations habilitées à intervenir au sein des CRA.
Un taux d’expulsion en baisse malgré l’allongement
Les données publiées contredisent l’hypothèse selon laquelle maintenir les personnes retenues plus longtemps favoriserait leur éloignement. Seules 36% d’entre elles ont effectivement été expulsées en 2025, contre 39% l’année précédente. La tendance est donc inverse à celle recherchée par les pouvoirs publics, relate Valeurs actuelles.
Les chiffres révèlent en outre que plus de la moitié des éloignements interviennent dans les vingt premiers jours de rétention, et 85% avant le quarante-cinquième jour. Au-delà de deux mois, les expulsions deviennent anecdotiques. Malgré cela, plus de 2 000 personnes ont été maintenues jusqu’à la limite légale de 90 jours — sans qu’aucune mesure d’éloignement n’ait pu être exécutée.
Les ressortissants maghrébins toujours majoritaires
Sur le plan des nationalités, les ressortissants du Maghreb continuent de représenter la grande majorité des personnes placées en rétention. Les Algériens arrivent en tête avec près de 30% des placements, suivis des Tunisiens (11%) et des Marocains (10%).
Vers un allongement à sept mois de la durée légale ?
Ces données s’inscrivent dans un contexte législatif particulièrement actif. Une proposition de loi portée par le député Renaissance Charles Rodwell, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale, doit prochainement être examinée par le Sénat. Le texte prévoit de porter de trois à sept mois la durée maximale de rétention pour certaines personnes condamnées à au moins trois ans d’emprisonnement pour des faits graves et considérées comme une menace sérieuse pour l’ordre public.
Soutenu par le gouvernement et réclamé de longue date par la droite, le dispositif avait été censuré par le Conseil constitutionnel à l’été 2025. Réécrit dans une version plus restrictive, il ne concernerait désormais que « quelques dizaines de personnes par an », selon son auteur. Les associations, elles, s’interrogent sur la pertinence d’un allongement supplémentaire au regard des chiffres actuels.
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